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La Smart City, évolution vitale pour les zones urbaines.
AVIS D’EXPERT
✍️ Par Charles Beraza, Consultant Smart City chez Magellan Consulting
L’introduction des technologies de l’information redéfinit la ville. La Smart City optimisera l’ensemble des flux de la vie urbaine : trajets des citoyens, marchandises, énergie, déchets, eau, parcours administratifs et gestion des risques de santé ou de sécurité. Tout comme l’Intelligence Artificielle ou la transition digitale, la Smart City est sujet holistique qui va jouer un rôle futur essentiel pour tous les citoyens et organisations (politiques, collectivités, acteurs de la technologie…). Le besoin de redéfinir le fonctionnement des villes est vital, pas un « gadget d’élus » ou une mode. D’ici 2050, 68% de la population mondiale vivra en zone urbaine (55% aujourd’hui). Ce sont 2.5 milliards de personnes supplémentaires amenées à vivre dans les villes, accroissant la charge sur des services et infrastructures parfois déjà saturés. La nécessaire transition énergétique questionne la viabilité d’une ville non optimisée par la factualité des données. Le mode de vie urbain développé au 20e siècle est énergivore, issu d’un contexte entropique de découverte des hydrocarbures. Là où la ville du 20e siècle cherchait l’expansion par l’énergie, la Smart City promet l’optimisation par la donnée et le développement durable.
La structure du Paris moderne a été exclusivement imaginée par l’État (le Baron Haussmann, en 1853). L’idéation de la Smart City s’annonce beaucoup plus plurielle. À titre d’exemple, en 2013 le conseil municipal de Barcelone a énoncé sa stratégie Smart Cities en intégrant universités, pouvoirs publics et industries. L’État a perdu sa prérogative absolue de penser la ville. 60% des investissements nécessaires au développement des applications de la Smart City proviendront d’initiatives privées, le tout supporté par des technologies dominées par des entreprises extra-européennes : capture de la donnée (IoT), télécoms (5G) et plateformes (Open Data, ...). La collaboration entre acteurs privés et publics peut être complexe.
Par exemple, définir la propriété des données collectées par un service public utilisant des technologies ou infrastructures privées constitue une question éthique et juridique. La réalité des relations internationales rajoute une dimension à ce problème. Tôt ou tard, l’espace numérique héritera des réalités géopolitiques. Ainsi l’Estonie, pays précurseur dans l’administration connectée, a été presque paralysé par une cyberattaque. L’établissement d’un cadre régissant la « géopolitique numérique » pourrait suivre l’exemple des océans, dont la territorialité a été établie avec la convention de Montego Bay (1982). L’exposition de la Smart City à des acteurs privés et étrangers devra être encadrée par des règles qui concrétisent une certaine vision politique, à l’instar de la RGPD Européenne.
Quelle stratégie Européenne ?
La Smart City crée donc une dépendance à des technologies qui peuvent être détournées, même soumises à embargo. Quand ces technologies seront vitales au fonctionnement des territoires, la souveraineté des États sera exposée. L’existence de fournisseurs de technologies nationaux/européens est alors souhaitable, en ligne avec un contexte de tensions géopolitiques où il est question d’une Europe de la défense. Le projet GAIA-X annoncé en Octobre 2019, pose les bases de la création d’un acteur européen du cloud, dont le développement pourrait être porté par le marché des Smart City, estimé à horizon 2023, de 200 milliards d’euros avec une CAGR de 18.4%.
Le développement de la Smart City est une occasion pour les GAFA d’affirmer une position centrale dans le quotidien de la ville et des citoyens. C’est aussi une opportunité unique pour de nouveaux acteurs qui pourraient alors se développer dans ce nouveau marché. L’encadrement des acteurs étrangers ou privés, le choix de développer un acteur national ou européen sont des questions politiques. C’est aux institutions de faire un choix politique et stratégique entre un modèle globalisé (type GAFA) ou un modèle utilitaire européen ou un modèle hybride.
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