La supercherie judiciaire. De la criminalité en col blanc à la criminalité en robe noire.
LITTÉRATURE
Ernest Pardo est expert en diagnostic d’entreprises et ancien expert titulaire de l’Organisation internationale des experts ORDINEX (ONG ayant statut consultatif au Conseil économique et social de l’ONU). Titulaire d’un MBA en stratégie d’entreprises et droit, il est aussi inscrit comme expert en diagnostic du dysfonctionnement judiciaire auprès de la Commission européenne. Sa formation pluridisciplinaire l’a conduit, au cours de son cursus professionnel, à intervenir dans le domaine juridique, économique et financier des entreprises, et à côtoyer tous les ordres des juridictions dans toutes les branches du droit, le tout complété de dix-huit années de parcours devant la Cour européenne des droits de l’homme. Dans son dernier livre, Ernest Pardo dénonce le dysfonctionnement judiciaire, en France et dans le monde. Or, aucun éditeur de la place de Paris n’a voulu prendre le risque de l’éditer et il a décidé de le vendre lui-même sur Internet.
Selon lui, «nous sommes dans un système qui est une utopie, dans laquelle la justice, qui n’est pas de ce monde, doit être rendue, et qui va rentrer dans une machine de transformation, que l’on appelle le système judiciaire, et qui va transformer une décision de justice en une décision judiciaire et déboucher, non plus sur une utopie, c’est-à-dire le gouvernement des peuples par le bonheur, mais sur une dystopie, c’est-à-dire le gouvernement des peuples par le malheur. La machine qui va permettre de transformer l’état d’utopie en état de dystopie s’appelle le système judiciaire et ce système va utiliser des techniques, comme la rhétorique, la sophistique, la dialectique, la poétique même, puisque l’on va essayer de convaincre par l’affect, sans aucun lien avec la réalité des faits ou la réalité du droit. On va pervertir toute situation, ce qui fait dire à Boileau : « Que j’aille crier dans ce pays barbare où l’on voit tous les jours l’innocence aux abois, errer dans le détour d’un dédale de lois, et dans l’amas confus de chicanes énormes où ce qui est blanc au fond rendu noir par les formes ». Le tout est de savoir si le système judiciaire fonctionne pour le profit de quelques protégés, de quelques relations, de quelques amis ou de quelques sectes, ou s’il fonctionne pour l’intérêt général et pour le bien commun de l’ensemble de la population. On ne peut pas considérer qu’un système judiciaire qui a mis 25 siècles à se construire puisse profiter uniquement à quelques-uns. Dans ces conditions, nous allons déboucher sur une anomie, cela veut dire une société sans règles qui va conduire vers le nihilisme, c’est-à-dire le rejet absolu de toutes les règles, pour aller vers le chaos et aboutir vers le néant. Le risque n’est pas de remettre en cause quelques décisions tordues : le risque est de remettre en cause la confiance dans les institutions, la confiance dans la justice, et, lorsque la personne spoliée de ses investissements par une criminalité en col blanc va s’adresser à la justice en espérant être rétablie dans ses droits, cette justice va lui remettre une deuxième couche en la faisant passer du goulag économique et financier au goulag judiciaire ».
Il démontre pourquoi il ne faut pas avoir confiance en la justice. Pourtant, il n’est pas un fantaisiste ou un complotiste, puisqu’il est expert en dysfonctionnement judiciaire, un titre reconnu par la Commission européenne : « Cela consiste à diagnostiquer à partir de quand un procès commence à dérailler et à déterminer quel est le moment au cours duquel l’application du droit, au strict sens du terme, va se pervertir. Il s’agit d’identifier les responsabilités causales qui sont à l’origine de ce déraillement ».
Dans son analyse, il dénonce la méthode de l’épuisement, c’est-à-dire faire traîner les décisions de justice : « Je vais vous expliquer comment on arrive à démontrer que l’on a tort d’avoir raison ou que l’on a raison d’avoir tort. C’est d’une simplicité enfantine. Pendant des décennies, on va être promené, baladé et égaré dans les dispositions de l’article X modifié par l’article Y dans son acception initiale Z, issue de sa relation R, complétée par le décret M, reprise par la disposition N, dans le dernier alinéa F, réformant le texte précédent qui a dans sa première section 8 quinquies conduit à la nouvelle disposition Alpha, devenue Bêta, avant l’entrée en vigueur de la circulaire Gamma, dont le codicille de Delta, impose l’application Epsilon abrogée par la loi L du règlement R, selon les directives D, elles-mêmes remplacées et complétées par l’arrêté T, etc. Il faut savoir que pour chaque étape que je dénonce, c’est deux à trois ans de procédure, de stress et d’attente. Voilà la technique de l’épuisement et cela peut durer des décennies ou des générations, parce que je connais des procès qui ont été repris de père en fils sur trois générations. »
Ernest Pardo explique aussi que la justice est corrompue et qu’en France tout se joue sous le poids des cercles d’influence, comme les grandes écoles, les réseaux ou les connaissances. Mais n’est-ce pas humain que chacun pense à « sa gueule » ? « Je suis d’accord pour que chacun dise qu’il faut penser à « sa gueule », mais que l’on cesse de nous tromper en nous disant qu’il y a des lois, des règles et des procédures, des tribunaux et des juges… Quand on va s’installer dans un pays corrompu, on nous dit qu’il n’y a aucun problème, simplement la règle locale est qu’il faut reverser 40 % à la mafia. Vous acceptez ou vous refusez. Si vous acceptez, vous savez sur quoi vous vous engagez. Dans ces conditions, que l’on cesse de nous rabâcher que nous sommes dans le pays des Droits de l’homme, autoproclamés d’ailleurs, que nous avons le respect de la liberté d’expression, de la liberté d’entreprendre et de l’égalité des chances ! II faut arrêter tous ces faux discours. Il faut dire aux gens : « Vous allez rentrer dans une jungle et une mafia judiciaire, et voilà la règle du jeu… » Vous allez avoir l’avocat qui connaît le juge, l’autre qui connaît le droit... Cela ne sert à rien de connaître le droit, puisque c’est à géométrie variable. Je prends le cas de nos députés qui sont tous avocats parce qu’ils ont été députés. Mais quand un député ancien médecin devient avocat, demandez-lui ce qu’il pense de l’article 60-82 du Code de procédure civile ? Il va vous regarder les yeux grands ouverts ! Comment voulez-vous que des gens comme ça puissent défendre des droits, puisqu’ils ignorent eux-mêmes le droit ! Cette ignorance du droit va se pratiquer également au niveau des juridictions. Récemment, nous avons eu un décret du 12 décembre 2019 qui a réformé la procédure civile. Il a non seulement dénomenclaturé le numéro des articles, mais il a dénaturé et modifié le contenu même du libellé de chaque article, en rajoutant ou soustrayant des conditions de recevabilité ou de nullité. C’est de la folie ! Tout est fait pour égarer les gens ».
Il dénonce également la naïveté des entrepreneurs face aux tribunaux commerciaux, notamment avec les administrateurs judiciaires : « Rien n’a changé, parce que nous sommes en train d’habiller d’artifices différents travers, mais qui sont fondamentalement les mêmes. Nous sommes dans un système dans lequel nous avons une ploutocratie, c’est-à-dire des hommes qui ont de l’argent, sans aucune considération morale. Ces gens financent des politiques. Une fois qu’ils sont élus, ils désignent des hommes d’autorité, c’est-à-dire des hommes de justice, qui ont pour mission de couvrir les turpitudes des deux. Les hommes d’autorité sont tenus par les hommes politiques puisque leur déroulement de carrière, leur avancement et leur désignation dépendent des politiques. Tout le monde se tient par la barbichette et c’est sans issue. Nous sommes dans un mauvais western. Vous avez un pionnier qui a acheté un terrain avec une mine d’or en dessous, des hors-la-loi arrivent pour tuer son bétail et assassiner sa femme, parce qu’ils veulent récupérer son terrain. À qui va-t-il se plaindre ? C’est un légaliste, il va se plaindre au shérif et il se rend compte que le shérif est le chef de bande et que le juge est inféodé au shérif ! Voilà dans quel système nous vivons. Je veux bien, mais que l’on arrête de nous raconter des histoires ».
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