Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?
LITTÉRATURE
Caroll Le Fur est à l’origine de BestFutur, une structure dédiée à l’accompagnement des jeunes (15-25 ans) dans la construction de leur parcours d’orientation scolaire et professionnelle. Caroll Le Fur publie un ouvrage pratique, destiné aux parents, avec des informations sur le contexte actuel, des conseils et une boîte à outils pour aider les jeunes à trouver leur voie : « C’est un guide destiné aux parents qui ont envie d’accompagner leurs enfants dans leur orientation scolaire et professionnelle. Nous sommes à un tournant et, selon certaines études, 65 % des jeunes qui sont en classe primaire exerceront un métier qui n’existe pas encore. Il y a aussi des métiers qui ont disparu et beaucoup qui ont changé, avec une configuration différente, et la notion de compétence est évidemment fondamentale. La compétence, ce n’est pas simplement le savoir-faire : c’est aussi le savoir être, c’est-à-dire la manière dont vous vous comportez, dont vous savez parler de vous, et dans votre manière de décrypter les évolutions. On peut aider les jeunes à avoir cette sensibilité, mais il faut s’y prendre relativement tôt.
En effet, contrairement aux générations précédentes où l’on n’avait souvent qu’un ou deux métiers dans sa carrière, aujourd’hui, quelqu’un qui entre dans la vie professionnelle va exercer différents métiers qui n’ont parfois rien à voir : « Cette question m’interpelle et je fais beaucoup de conférences là-dessus. Ma génération, qui est la génération X, c’est quatre à cinq métiers. La génération de mes parents, c’était un métier pour la vie. Pour nos enfants, la génération Z, on estime qu’ils auront entre treize et quinze métiers dans leur vie ! Donc, la compétence à savoir s’orienter est absolument incontournable ». Elle ajoute : « Aujourd’hui, on est à l’ère des slashers : un slasher, c’est la personne qui va pouvoir avoir plusieurs métiers en même temps, comme être cuisinier le matin, conseil informatique l’après-midi, puis qui ira travailler dans une association le lendemain, et qui fera du théâtre aussi… C’est vraiment l’avenir. Je ne crois plus trop au salariat. La question du sens est très importante, surtout chez nos enfants, et les jeunes me disent souvent : « La première chose que je veux, c’est un métier qui ait du sens ». Trouver un sens à sa vie en ne faisant qu’un seul métier, cela devient compliqué. En plus, on vit de plus en plus vieux. On a besoin de changer, de découvrir, de se développer personnellement et socialement. Donc, c’est une ouverture d’esprit beaucoup plus importante. »
C’est aussi une nouveauté, cette quête de sens : « Aujourd’hui, on parle d’écologie et l’on aborde les questions sociétales d’une manière un peu plus profonde. Je crois que la différence, c’est que les générations actuelles expriment tout cela très fortement. C’est même une revendication. D’ailleurs, dans les entreprises, on a du mal à garder les jeunes. Ils changent souvent, ils partent au bout d’une année… Il est assez compliqué de les fidéliser, à partir du moment où ce qu’ils font n’a plus de sens à leurs yeux. C’est une caractéristique de cette nouvelle génération qui est assez étonnante et le monde de l’orientation est pour elle très complexe. À notre époque, nous avions à peu près 3 000 possibilités d’orientation. Aujourd’hui, il y en a entre 12 000 et 15 000, sans parler des passerelles, c’est-à-dire lorsque l’on commence à faire quelque chose et que l’on s’oriente différemment à un moment donné. Tout est possible ».
Le premier conseil est d’aider les enfants à découvrir leur identité. Mais comment peut-on avoir une identité fiable à 16 ans, alors que l’on va penser totalement différemment à 25 ans ? « Je crois qu’il ne faut pas se précipiter vers des métiers. Aux parents qui viennent me voir en me demandant d’aider leur fils ou leur fille à trouver un métier, j’explique que c’est compliqué, mais trouver une voie ou une inspiration, cela devient intéressant. Après, il faut compter sur la vie, sur les opportunités, se laisser porter et prendre les rênes de son orientation en étant curieux et ouvert. Pour moi, le rôle du parent, c’est un rôle de partage, d’écoute et d’observation. Le plus gros travers d’un parent, c’est le miroir social. Un enfant dont la mère est avocate aura sept fois plus de chances de faire des études de droit que quelqu’un dont les parents font autre chose ». Pourtant, 20% des étudiants qui entrent dans le supérieur en sortent sans diplôme et, chaque année, un étudiant sur trois regrette son orientation : « La mauvaise orientation coûte 500 millions d’euros par an, un jeune sur trois regrette son orientation, c’est énorme ! Donc, il faut cheminer. Il faut savoir se poser les bonnes questions au bon moment et il ne faut pas se précipiter vers des passions que l’on peut avoir. Récemment, des parents m’expliquaient que leur jeune fille aimait la musique, or celle-ci ne voulait pas en faire son métier parce qu’elle ne voulait pas que cela devienne une contrainte. Donc, il faut observer, partager, comprendre… Il ne faut pas se substituer à nos enfants. Ils ont cette capacité à ressentir les choses. Parfois, c’est très intuitif, mais c’est aussi humain ».
Elle évoque également la perte d’attention inhérente à l’utilisation intensive des smartphones, au point que l’on parle maintenant de neuf secondes : « C’est une étude d’Harvard qui explique que nos jeunes n’ont plus que neuf secondes d’attention, ce qui est à peu près équivalent à l’attention d’un poisson rouge. Maintenant, c’est une question d’intérêt : quand on est moins intéressé par un sujet, on a tendance à papillonner. À partir du moment où l’on est stimulé, sollicité, lorsque l’on est en équipe, on a cette capacité à faire voler notre esprit, mais aussi à se recentrer très vite. C’est une compétence qu’ils développent et que nous avons peut-être moins ».
Cette spécialiste de l’emploi indique aussi que les diplômes ne sont plus suffisants pour accéder à un bon emploi : « La personnalité est quelque chose de fondamental. Pendant de nombreuses années, j’ai été consultante RH dans un cabinet qui prônait la personnalité et j’ai beaucoup appris. J’ai surtout découvert qu’un CV, ce n’était que des connaissances. Les connaissances, cela s’acquiert, alors que la personnalité se développe, s’optimise et se bonifie. La personnalité, c’est quelque chose de compliqué à faire évoluer. La curiosité est un élément fondamental. La culture générale est importante. Il faut ouvrir sa pensée, il faut lire, il faut se nourrir de tout ce qui est à l’extérieur… On acquiert la connaissance en faisant des études, mais la personnalité, c’est ce qui fait la différence quand vous postulez à un job. Quand vous recrutez quelqu’un, vous le recrutez à 95 % pour sa personnalité et à 5 % pour ce qu’il a fait ».
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