Miser sur les "éclopées" : Bic et Renault.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 7 février 2020 (numéro 1.025) : “Le premium : une bulle excessive et dangereuse. ”. Bonne lecture !!!

Si l’on voit l’évolution de la courbe de Renault, et qu’on la compare avec celle de l’évolution de Tesla, on pourrait croire que Renault va manquer d’argent dans les semaines à venir, faire faillite, et se retrouver dans une situation très périlleuse. Alors qu’il y a eu un plus haut sur les trois dernières années à 100,80 euros, presque cinq fois plus que sur le plus bas des dix dernières années qui était de 22,07 euros, l’action Renault, entre 35 et 36 euros actuellement, se traîne lamentablement, sur une année glissante, le cours a été presque divisé par deux. C’est clairement un titre éclopé. Doit-on pour autant considérer que l’entreprise est en perdition ?

En plus de 120 ans d’activité, Renault en a vu de pires. Après un formidable succès (celles et ceux qui ont vu le film Titanic se souviennent qu’il y avait des Renault destinées à l’exportation nord-américaine dans les cales du navire anglais), le groupe Renault a été fortement impacté négativement par la destruction d’un grand nombre de ses outils industriels, sous les bombes anglo-américaines, de 1940 à 1944. Alors que son patron fondateur, Louis Renault, avait mis au point un système discret de sabotage des camions, qu’il était obligé de fabriquer, sous contrôle de Daimler, destinés à l’armée allemande.




Renault a connu des années très mauvaises.

Pour des raisons politiques de pure vengeance, il fut enfermé à la prison de la Santé, malade, il en est mort, et l’Etat a nationalisé sans indemnités l’ancienne entreprise brillante, qui est devenue pendant longtemps la « régie des automobiles Renault ». Au milieu des années 1980, cette entreprise nationalisée, qui n’a jamais gagné d’argent sur la Renault 5, au succès pourtant formidable, et qui régnait sur 40 % du marché français, s’est trouvée au bord de la faillite, n’arrivant pas à assumer son développement nord-américain en parallèle du développement européen. Ce fut l’époque où il a fallu émettre à deux reprises des titres participatifs, afin de renforcer les fonds propres, l’Etat ne pouvant souscrire à une augmentation de capital. Renault fabriquait alors des tracteurs, des camions, des voitures automobiles, pour l’Europe, le reste du monde, et l’Amérique du Nord, à travers AMC, qui avait comme principale marque Jeep. L’éphémère succès nord-américain des Renault 9 et 11 (Alliance et Encore) avant le lancement d’un véhicule plus important, dérivé de la Renault 21 (Premier), aurait nécessité un peu de persistance dans les efforts, pour implanter réellement la gamme Renault, notamment avec les utilitaires, le marché nord-américain étant très en retard sur ce plan-là. Renault a connu de grosses difficultés également au milieu des années 1990, avec l’obligation de fermer quelques usines, dont Vilvoorde en Belgique.


Hors Nissan, taille doublée en vingt ans.

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