Pétrole : le calme actuel est très trompeur.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 31 janvier 2020 (numéro 1.025) : “Sélection des valeurs qui peuvent rebondir fortement en 2020, suite et fin. ”. Bonne lecture !!!

Pétrole : une explosion est-elle encore possible ? Lorsque l’Arabie Saoudite s’est aperçue que la production de pétrole et de gaz de schiste, principalement en Amérique du Nord, lui faisait perdre des parts de marché importantes, elle a essayé, en faisant baisser le prix du pétrole, de sortir du marché ces nouveaux arrivants, et de recréer une condition de rareté de l’or noir, afin de pouvoir, après l’épisode de baisse, faire remonter les prix à minimum dans la fourchette comprise entre 80 et 110 dollars le baril, selon les qualités, selon les provenances. Même si l’Arabie Saoudite a été aidée par une sorte de consentement tacite de la part de la Russie, alors deuxième producteur mondial de pétrole, et par l’arrivée massive du pétrole irakien, de retour sur le marché, cela ne fut pas une réussite.


Le conflit chiites-sunnites.


En deuxième récompense, l’Arabie Saoudite prévoyait de mettre à bas le régime iranien, qui dépend des recettes de ses exportations pétrolières pour vivre et pour subventionner tout un tas de biens de consommation courante, tels que l’huile, la semoule, et même l’essence pour les voitures. L’Arabie Saoudite se sent encerclée par le nouvel empire iranien, avec une guerre ouverte au Yémen, sur son flanc sud, avec également l’aide iranienne au régime Syrien, dans une guerre civile qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts et plusieurs millions de déplacés. La prise de contrôle de l’Irak par l’Iran est une sorte d’état de fait. Du coup, l’Arabie Saoudite, au régime hypocrite et fragile, a cherché à reprendre la main, sans y arriver. Lors du printemps arabe, la main de l’Iran avait été vue pour la prise de contrôle de Bahreïn, et les bonnes relations entre le Qatar et l’Iran gênent énormément l’Arabie Saoudite, non pas à cause du gisement South Pars qu’ils ont en commun à la limite des eaux territoriales iraniennes et qataries, mais parce que Doha, dans ses relations régionales, essaie de garder une neutralité vis-à-vis de l’Iran, alors que, en théorie, l’émirat faisait partie du conseil du golfe, sous domination arabe. Avec le décès de son cheikh, Oman, qui dispose du contrôle de la péninsule de Musandam, est l’observateur neutre du détroit d’Ormuz, juste en face du grand port pétrolier iranien de Bandar Abbas, ce qui gêne l’Arabie Saoudite, qui voudrait bien, pour la sécurité de ses exportations, se retrouver avec un détroit d’Ormuz mieux contrôlé, moins à même de se retrouver avec la menace des autres pays, dont le gigantesque empire iranien. Il ne faut pas oublier que plus de 30 % du pétrole mondial transite chaque année via le détroit d’Ormuz.


Essayer de s’affranchir d’Ormuz.

Membre de la fédération des Emirats Arabes Unis (assez connu pour Dubai et pour Abu Dhabi), pendant très longtemps, le petit émirat de Fujaïrah, a vécu des émissions fantaisistes de timbres à destination des collectionneurs amateurs de jolies images, et de la culture de dattes, voire de la pêche dans le golfe d’Oman. Fujaïrah, au-delà du détroit d’Ormuz, a pourtant une position stratégique. Un port en eaux profondes a été construit au milieu des années 1980, permettant de charger du pétrole ou du gaz acheminé via des pipelines, à bord de navires à fort tirant d’eau. En 2012, un oléoduc de 406 km a été ouvert entre Abu Dhabi et Fujaïrah, avec un débit maximal de 1,6 million de barils par jour. La capacité de stockage en cuves sur le port de Fujaïrah représente une petite centaine de millions de barils, les supertankers peuvent, via deux terminaux de chargement, se ravitailler, et contourner le détroit d’Ormuz. Tant que le port de Duqm, au sud de la mer d’Oman, n’est pas relié au réseau des oléoducs du golfe, Fujaïrah a une importance stratégique, tout comme Sohar, au nord du sultanat d’Oman. L’essentiel des gisements pétroliers et gaziers de l’Arabie Saoudite se situe à la proximité du golfe persique, dans une zone peuplée par des populations de confession chiite. Il faut transporter le pétrole vers la Mer Rouge, afin de réduire le trajet, tout comme le risque du trajet. Au nord de Djeddah, l’Arabie Saoudite a construit l’immense port de Yanbu-al Muajjiz. De la même manière que les Iraniens développent le port de Chabahar, à la limite de leur frontière avec le Pakistan, avec des capitaux indiens principalement, pour continuer à exporter leur pétrole vers les pays qui osent encore leur en acheter, malgré les oukases de l’administration Trump, pour l’Arabie Saoudite, il est vital de ne pas avoir à passer par le détroit d’Ormuz. Les oléoducs est-ouest qui relient le golfe persique et la Mer Rouge ont été attaqués pas moins de quatre fois entre mai et septembre 2019.

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