La Défense d’aimer.
LITTÉRATURE
Cette semaine encore, en ce début d’année, nous restons encore sur un sujet léger, avec ce gros plan sur deux femmes très différentes, qui ont des parcours très distincts, et qui racontent leur passion dans deux livres qui sortent au même moment. D’abord, Domitille Marbeau Funck-Brentano avec « La Défense d’aimer ». Après une carrière dans le secteur artistique (Radio-France, ministère de la Culture, SACEM), Domitille Marbeau Funck-Brentano se consacre aujourd’hui à l’écriture. Dans son nouvel opus, « La Défense d’aimer », elle confirme son profond attachement pour la musique classique : une jeune femme se prépare à prendre un train pour Bayreuth, le voyage rêvé depuis toujours. Cet ouvrage est préfacé par Jean-Claude Casadesus.
Lors de notre rencontre, j’évoque son nom prestigieux qui est associé à la littérature et aux grands poètes allemands : « Effectivement, j’ai signé sous le nom de mon père, Marbeau, et de ma mère, Funck-Brentano. J’ai expliqué au centre Richard Wagner à Lyon que ce n’était pas par souci de féminisme que je publiais sous le nom de ma mère, mais parce que je tiens beaucoup à mes racines maternelles qui sont liées à cette grande période du romantisme allemand. Tous les germanophiles connaissent Clemens et Bettina Brentano, mais aussi Franz Brentano, qui était le frère de mon arrière-grand-mère. Il était notamment le professeur de Husserl et de Freud ».
Elle figure aussi parmi les premières personnalités à avoir soutenu Emmanuel Macron : « Il y a aujourd’hui un bashing systématique contre toutes les personnes qui sont élues. Nous sommes un pays qui a guillotiné Louis XVI et qui rêve d’un roi mais, une fois que le roi est là, on lui coupe la tête ! En 2007, j’ai milité aux côtés de François Bayrou et en 2017 pour Emmanuel Macron. Je le dis fièrement, même si c’est mal vu aujourd’hui de soutenir le gouvernement actuel ».
Elle évoque aussi les raisons de son engagement : « C’est ma mère. Quand j’étais enfant, ma mère a perdu ma sœur aînée qui avait vingt ans. Ce qui l’a sauvée, c’est son engagement politique, car elle a pu voter et elle s’est engagée auprès du Mouvement Républicain Populaire, qui était le deuxième parti de France, et ce jusqu’à sa mort. Quand j’étais petite, il y avait des réunions politiques à la maison et j’ai connu Robert Schuman, Georges Bidault ou Pierre-Henri Teitgen… J’ai vu ma mère reprendre vie grâce à son engagement politique. Paradoxalement, la politique me l’arrachait, mais elle lui redonnait le sourire. »
Revenons à son dernier livre, dans lequel elle raconte l’histoire de cette jeune femme qui part pour Bayreuth en 1978 : « Il y a toujours un peu de soi. Flaubert disait : « Madame Bovary c’est moi… » On ne peut écrire que ce que l’on connaît et que ce que l’on vit ». L’héroïne du roman prend le train à la Gare de l’Est et elle se fait cette réflexion : « Je me trouve dans un train qui roule vers l’Est sur ces mêmes voies où trente-cinq ans plus tôt des wagons entiers ont conduit des hommes, des femmes et des enfants vers la nuit vêtue de deuil… » : « La nuit vêtue de deuil, c’est une allusion au romantisme allemand. Mais je n’ai pas connu la guerre, tout en étant bercée par les traces laissées par la guerre dans ma famille. J’ai vécu comme une culpabilité le fait de ne pas en avoir souffert. Dans ma famille, le mari et le fils de la sœur de ma grand-mère maternelle ont été déportés, alors qu’ils n’étaient ni résistants ni juifs, parce que l’on recherchait leurs enfants qui étaient dans la Résistance. C’étaient les parents d’André Boulloche, ancien ministre de l’Éducation. Cette jeune femme de vingt ans était ce que l’on appelle une boîte aux lettres. Elle rentrait chez elle, or quelqu’un l’a prévenue qu’il y avait une souricière et que ses parents avaient été emmenés. Elle pensait qu’elle les retrouverait, mais ils ne sont jamais revenus... »
La musique nous restitue des souvenirs et elle évoque l’amour interdit, la jalousie d’un mari trompé, la désobéissance d’une fille, des désespoirs… La musique permet de nous rappeler ces moments qui touchent tout le monde : « Tout est fait de souvenirs et, ce qui est intéressant, c’est de se pencher sur ce que l’on garde et ce que l’on oublie. L’oubli est nécessaire parfois, car cela permet de vider sa mémoire et de laisser d’autres choses s’y installer. Je me rends compte que l’on écrit toujours le même livre... Même si le premier est très différent du second, je trouve qu’ils se ressemblent. Il y a le grand-père qui est très important. D’abord, il s’appelait Funck-Brentano, c’était le petit-neveu de Bettina, il adorait la musique et je l’aimais énormément. Après la mort de ma sœur, ma mère était incapable de s’occuper de moi, donc elle a demandé à mes grands-parents de me prendre chez eux. Ils me faisaient écouter de la musique et, maintenant, quand j’entends cette musique, elle est liée à l’amour de mon grand-père. Avant d’aller à Bayreuth en 1978, j’étais à Antibes et j’écoutais l’introduction à la Tétralogie de Guy Lafarge. J’étais bronzée, presque nue, j’étais avec mon fils de sept ans, je lui faisais écouter Wagner et cela lui est resté… Aujourd’hui, on ne ferait plus cela : on dirait que c’est de l’inceste et que c’est une horreur, car tout est mal ! Il y a une forme de politiquement et de moralement correct qui est totalement insupportable. On est dans une époque d’extrêmes où tout est interdit et où tout est possible à la fois. »
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