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Luca de Meo pourra-t-il faire rouler de nouveau le losange ?
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 20 décembre 2019 (numéro 1.019) : “Entre Veolia et Suez, laquelle choisir ? ”. Bonne lecture !!!
C’est clair, Jean-Dominique Senard, qui l’a bien connu ès qualités de directeur de Michelin, avait comme préférence, parmi les autres candidats à la direction générale de Renault, Luca de Meo. Il est, de loin, le favori du conseil d’administration, les deux autres noms qui avaient été retenus étaient Mme Clothilde Delbos, actuellement à l’intérim de la direction générale, et directrice financière de Renault, qui pourrait, selon certaines informations, quitter le groupe, par dépit, si elle n’est pas retenue. Il y avait également Patrick Koller, patron de Faurecia qui a succédé à l’emblématique Yann Delabrière, le redresseur de l’équipementier.
Je crois savoir que Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, avait plutôt poussé la candidature de Patrick Koller, mais il n’a pas insisté, la position des représentants de l’Etat français a été neutre dans la désignation du directeur général. Les représentants de l’Etat ont approuvé le choix de Jean-Dominique Senard. Le conseil d’administration a donné mandat à M. Senard d’aller voir son homologue chez Volkswagen pour qu’il puisse autoriser Luca de Meo à partir immédiatement, sans avoir à passer par une période de transition longue, du fait que, ès qualités de patron de Seat, filiale de Volkswagen, ce dirigeant international est obligatoirement lié au groupe allemand par une clause de non-concurrence.
Senard-De Meo : une génération d’écart.
Si Luca de Meo prend les rênes de Renault, cet encore jeune homme de 52 ans devra apprendre une autre langue, en plus du français, de l’italien, de l’anglais, de l’espagnol et de l’allemand. Il a démarré l’apprentissage du chinois… il devra basculer également vers celui du japonais, par politesse vis-à-vis de la principale filiale de Renault, où il siégera, bien évidemment, au conseil d’administration, dans la place laissée toute chaude par Thierry Bolloré, qui n’était pas vraiment aimé dans l’empire du soleil levant. Certains cadres de l’industrie automobile font leur carrière auprès d’un seul constructeur. Ce n’est pas le cas pour Luca de Meo qui a commencé sa carrière chez Renault puis a travaillé pour Toyota, et ensuite a rejoint le groupe Fiat, où il a notamment dirigé les marques Lancia, Fiat et Alfa Romeo, avant de devenir directeur marketing du groupe. En 2009, il est passé de Fiat à Volkswagen comme directeur du marketing, il a ensuite dirigé les ventes et le marketing de la filiale premium Audi, il a enfin, depuis 2015, pris la tête de Seat, une expérience qui a fait sa réputation actuelle, puisque Seat a été redressée, et voit ses ventes augmenter de façon plus importante que celles des autres filiales du groupe Volkswagen depuis 2015.
Il ne faut pas se tromper, on ne fait jamais de miracle dans l’industrie automobile. Si les ventes de Seat ont augmenté depuis 2015, c’est en raison de l’effet de décisions prises entre 2010 et 2015, essentiellement, ajustées à la marge au fur et à mesure du temps par Luca de Meo. Les décisions concernant les modèles et le style prises par Luca de Meo se voient un peu depuis 2019, se verront davantage en 2020, 2021 et dans les années suivantes, car le cycle de l’industrie automobile est rarement inférieur à quatre ou cinq ans. Que le plus international des constructeurs français ait un président français et un directeur général italien n’est pas obligatoirement une mauvaise chose.