À l’origine des sensations, des émotions et de la raison.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Guy Vallancien est professeur honoraire des universités, membre de l’Académie de médecine et de l’Office parlementaire de l’évaluation des choix scientifiques et technologiques, et président de CHAM (Convention on Health Analysis and Management) qui a pour objectif de réfléchir à la transformation des systèmes européens de santé. Le professeur Guy Vallancien est aussi connu dans le monde pour être le pionnier de la robotique médicale. Dans son nouveau livre, il nous invite à réfléchir sur ce qui constitue l’homme, ce qui le rend singulier et précieux, face aux robots de l’intelligence artificielle : « J’ai passé ma vie à opérer les corps, en pénétrant à l’intérieur de l’anatomie, qui est absolument superbe. Un cœur qui bat, c’est fascinant... J’ai voulu aller plus loin pour savoir qui nous étions et je me suis aperçu que nous ne sommes faits de rien puisque nous sommes à 99 % faits de vide, et non pas de matière. En plus, nous sommes à 70 % faits d’eau… Il est assez étonnant de voir qu’à partir de ce presque rien, on arrive à faire une machine aussi exceptionnelle, complexe et amoureuse… »

Il affirme que l’homme est intrinsèquement bon : « Si nous n’étions que méchants, nous nous serions tous descendus les uns les autres... Bien évidemment, nous avons des capacités de destruction et de méchanceté inimaginables, comme aucun animal n’en a : parce que nous pouvons faire le mal pour le mal, alors qu’un animal ne mord ou ne tue que parce qu’il en a besoin. Nous, par vengeance, ou par esprit tordu, nous pouvons parfois faire du mal. Mais quand on regarde l’histoire humaine, on va quand même vers le mieux. Lentement, mais sûrement. Des instances internationales tentent de gérer un peu mieux le monde et, si l’on voit d’où nous venons, je pense que, fondamentalement, la bonté prime sur la méchanceté ». Il ajoute : « L’auto-organisation, avec la sélection naturelle, sont les deux grands moteurs de la vie. Darwin n’a jamais parlé des plus forts, mais des plus adaptés. La preuve : les insectes ne sont pas les plus forts, mais ils seront là quand nous aurons disparu. Ces toutes petites bêtes que nous côtoyons en leur marchant dessus sont bien plus fortes que nous. Nous sommes sur une auto-organisation comme le sont les insectes sociaux, comme les abeilles ou les fourmis. La reine fourmi, en réalité, ne règne pas. Elle est juste là pour pondre tous les jours des millions d’œufs, c’est son seul rôle, elle n’a aucun pouvoir sur les autres. Et puis, vous avez les ouvrières qui assurent toute l’organisation, comme la nourriture et le lavage des lieux, vous avez les fourmis soldats et, en plus, vous avez 66 % de fourmis qui ne font rien ! »

Finalement, « on utilise finalement juste ce qu’il faut pour faire le maximum. Nous, les hommes, nous dépensons beaucoup pour peu de résultats. Les animaux, jamais. Ils utilisent le minimum d’énergie pour le maximum d’efficacité ! Les fourmis sont un peu les intermittents du spectacle, elles sont payées pour ne rien faire, jusqu’au moment où il faut faire… C’est la préfiguration du travail de demain puisque, avec la robotisation, on va voir disparaître un certain nombre de métiers et on va en créer d’autres. Probablement, nous aurons des employés qui seront utiles de temps en temps, pas toujours, mais qu’il faudra payer tout au long de l’année. C’est un peu le revenu universel et ce n’est pas une mauvaise idée... »

Pour Guy Vallancien, c’est notre capacité à communiquer qui a permis la transmission : « Nous sommes un être assez médiocre, car, quand on regarde la nature, nous n’avons aucune capacité particulière. Nous avons de nombreuses lenteurs, des réflexes extrêmement lents par rapport à l’animal, mais nous avons deux éléments qui nous ont fait émerger : notre intelligence et notre capacité de collaboration. Tout cela est lié au langage. Les animaux communiquent. Il y a les chants d’oiseaux, le singe a un cri différent selon la nature de l’ennemi, c’est étonnant déjà, mais il n’est pas capable d’aller plus loin. Nous sommes dans une précision sémantique exceptionnelle et c’est ce qui nous a permis d’augmenter notre intelligence. Vous avez de l’intelligence partout depuis le début de la création. L’Occident rationaliste a défendu cela. Je descends un peu Descartes dans le livre, car considérer que les animaux sont des machines est une erreur monstrueuse. Descartes avait un chien qu’il adorait, mais il le considérait quand même comme une machine… »

Dans un chapitre, il aborde un sujet passionnant : une idée de collaboration entre les humains et le vide. Selon lui, « nous sommes un certain nombre, aujourd’hui, notamment des philosophes et scientifiques américains et australiens, à penser qu’il y a des bribes de la proton intelligence dans les structures les plus rustiques de la nature, comme les atomes ou les particules qui jouent entre elles. Il y a des haines de particules comme il y a des amours de particules. Nous n’en avons pas la preuve scientifique, mais la science est un moyen exceptionnel de découvrir le monde. Je raconte que le monde est une sorte de saucisson et que la science le découpe en tranches pour voir à l’intérieur. Or, quand on découpe un saucisson en tranches, on ne peut plus le reconstituer, donc on a une perte d’informations… Je suis un scientifique, la rationalité est quelque chose d’important, mais au-delà, nous avons probablement des communications insoupçonnées avec des éléments sidéraux qui sont à des distances exceptionnelles. C’est un peu ce que l’on appelle l’intrication quantique ». La science a quelque chose de fantastique : « On remet tout en cause quand on a découvert quelque chose qui permet de mieux cerner le monde. Nous sommes en recherche en permanence. Personnellement, je suis athée, mais je suis religieux dans le sens où je pense que nous sommes tous liés. C’est ce que disait Saint-François d’Assise dans son fameux cantique de Frère Soleil. Tout cela est vrai. On a coupé l’univers en minéral, végétal, animal et humain, et nous avons tort. Même le minéral peut nous dire des choses. Il est sans doute vivant, mais il vit sur des milliards d’années. Une montagne ou un glacier, cela bouge ou se transforme. Même la pierre peut nous dire quelque chose. Cela a un côté peut-être très oriental de ma part, mais je suis effectivement intéressé par ces philosophies de l’être, qui ne sont pas des philosophies de la norme et du fait scientifique, mais des philosophies cosmiques où l’homme est à l’intérieur d’un tout. C’est très asiatique et cela m’intéresse. Je ne suis pas allé dans un ashram voir des gourous, mais je me dis qu’il y a du vrai dans ces réflexions, face à notre Occident rationaliste ».

Dans ses travaux sur les origines de l’homme, il cite la Bible et Dieu qui créa le ciel et la Terre. Dieu appela le sec terre et les eaux mer, puis arrive le troisième jour… Quand on rapproche ce texte des études scientifiques, on se dit que ce n’est pas très éloigné de la réalité : « Ce qui est tout à fait fascinant, c’est de regarder les grands mythes sumériens, chinois ou bibliques, car on s’aperçoit qu’il y a des vérités physiques incroyables. Le déluge, par exemple, a bien existé puisque la Terre a subi des millions d’années de pluie et c’est ce qui a fait les océans. C’est tout à fait étonnant. D’où viennent ces mémoires ? Probablement de choses qui ont été encodées chez des êtres minéraux, puis végétaux, avant d’être animaux. Tout cela est arrivé jusque dans nos mémoires. L’idée Inuit que la terre provient d’astéroïdes, tout comme l’eau, c’est passionnant parce que mes collègues astrophysiciens sont en train de le découvrir. C’est curieux de retrouver de telles vérités ».

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