Achat de FCA par PSA : Tavares s’est-il fait rouler dans la farine ?
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 15 novembre 2019 (numéro 1.014) : “Des foncières à risques variables. ”. Bonne lecture !!!
En payant une “prime” de 25% à 35% pour s’offrir FiatChrysler (FCA), une question est sur toutes les lèvres : Carlos Tavares s’est-il fait rouler dans la farine italienne destinée à la pâte à pizza ? Alors que Renault, premier constructeur mondial avec sa filiale Nissan-Mitsubishi, se trouve dans une crise de gouvernance depuis un an exactement, chez PSA, fort d’une trésorerie nette colossale, on rigole, et on passe à l’offensive. Il y a plus de trois ans que j’avais prévu le coup. On se souvient que John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, et patron d’Exor, holding de tête de la célèbre grande famille d’industriels italiens, avait tenté d’imposer en force, au printemps, une fusion entre Renault et FCA, sur une base paritaire, ce qui n’est pas passé, nous avions été les premiers à tirer la sonnette d’alarme.
Faute de manger Renault-Nissan, l’héritier des Agnelli se vend à PSA, seul acheteur restant.
L’Etat français, bien alerté par d’excellentes lectures, comme Nissan, filiale à 43,4 % de Renault, ont demandé à avoir du temps pour étudier le dossier… Du coup, la fusion ne s’est pas faite, par départ des Italiens de la table des négociations. C’était un coup de force, il a été loupé, il ne faut pas oublier que le groupe Fiat-Chrysler Automobiles (FCA) était également en crise de gouvernance, depuis le milieu de l’année 2018, après le décès subit de son patron charismatique Sergio Marchionne. Patron de la marque Jeep, Mike Manley avait succédé « au pied levé » au grand Sergio, célèbre amateur de pull-over à cols roulés et de voitures sportives lui permettant de rejoindre rapidement son domicile de Genève depuis Turin, siège historique de Fiat. Mike Manley, qui ne manie pas tellement la langue de bois, avait déclaré de façon abrupte, au moment du salon de Francfort, que Fiat pouvait espérer vivre et se développer avec l’alliance Renault, et ne cherchait qu’à survivre, sans alliance. Très clairement, FCA ne pouvait pas vivre tout seul, et la vieille turinoise cherchait un mari, et si possible un mari riche. General Motors ayant éconduit un ancien partenaire de longue date, à plusieurs reprises, Ford s’étant allié au groupe Volkswagen, il ne restait pas grand monde dans le secteur automobile en dehors de Hyundai-Kia, et de PSA, qui venait de digérer de façon magnifique l’acquisition d’Opel-Vauxhall.
Premier “pas de deux” cet hiver.
Comme je vous l’avais déjà révélé, des discussions entre PSA et FCA avaient eu lieu à la fin de l’année 2018 et au tout début de 2019, avec une rencontre très approfondie au moment du salon de Genève, mais, face aux prétentions exorbitantes d’Exor, qui possèdent plus de 29 % de FCA, Carlos Tavares avait claqué la porte, ce qui avait amené le pas de deux entre FCA et Renault. Depuis que Citroën s’est allié, dans les utilitaires, avec la firme italienne, à la fin des années 1960, PSA était en affaire avec Fiat, de longue date, lui ayant fait réaliser des petits utilitaires fabriqués en Turquie, les Bipper et Nemo, et ayant pendant très longtemps fabriqué en commun, dans des usines détenues à 50-50, des utilitaires de grosse taille ou de taille moyenne, des fourgons et des fourgonnettes. Les Fiat Ulysse et le même modèle sous la marque Lancia, n’ont jamais connu un gros succès, mais question fourgonnette, l’usine de Valenciennes a fabriqué plusieurs centaines de milliers d’unités pour les marques de Fiat, jusqu’à la séparation, sous Philippe Varin. Avec la décision de Carlos Tavares de transformer une usine polonaise d’Opel pour y fabriquer des fourgons de grosse taille, Fiat courait le risque de ne plus avoir de partenaire pour la prochaine génération, l’actuelle ayant largement plus d’une quinzaine d’années d’âge, il fallait investir, en solo, c’est moins rentable. Fiat ne va pas très bien en Europe, où le groupe est tombé de 6 % du marché en 2010 à 4,6 % en 2018 et poursuit sa baisse. Même sur son pré-carré italien, la marque Fiat a vu ses ventes reculer de 4,7 % au mois d’octobre avec 21.487 immatriculations de VP neufs, dans un contexte de hausse de 6,7 % du marché transalpin, cela fait tache. Sur le marché italien, si Opel, principale marque de PSA a baissé de 26,1 % au mois d’octobre, c’est tout simplement parce qu’il n’y a plus d’Opel Corsa d’ancienne génération à immatriculer, alors que la nouvelle n’arrivera dans les concessions qu’au milieu ou à la fin du mois de novembre, selon les endroits. Sur ce fief des petites voitures, Citroën fait la moitié de ses immatriculations avec la C3, et Peugeot à peu près la moitié également avec la 208.
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