Le service de transfert de fichiers 100 % français lève 1,5 million d’euros.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Romaric Gouedard-Comte, cofondateur de Smash : « Nous venons de dépasser les 600 000 utilisateurs dans le monde et cela ne fait que croître de jour en jour. »

Dans toutes les entreprises, on doit envoyer, à un moment ou un autre, un fichier lourd ou plusieurs fichiers qui ne passent pas par la voie du courrier électronique. Alors, on utilise souvent le service WeTransfer. Un concurrent français est en train de se développer, avec des clients dans le monde entier : il s’agit de Smash, un éditeur de logiciel BtoB positionné sur le marché des services de partage de documents et de contenus (images, audio et vidéo). L’entreprise vient de lever 1,5 million d’euros pour accélérer son développement. Smash a été lancé en 2016 par deux frères, Rémi (32 ans) et Romaric (39 ans), et leur père, Olivier Gouedard-Comte. Smash est en train de se faire un nom face au grand WeTransfer et compte parmi ses gros clients des entreprises comme Universal Music, Disney ou par ailleurs la Mairie de Paris.


L’Hebdo-Bourseplus : Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer Smash, alors que WeTransfer est déjà leader dans ce domaine ?

Romaric Gouedard-Comte : Ils sont effectivement leaders en France, un peu moins à l’étranger, parce que le transfert de fichiers est un marché vieux comme Internet. Il y a de nombreux acteurs dans le monde, mais WeTransfer est très populaire en France et un peu moins dans d’autres pays. Ce qui nous a motivés à nous lancer sur ce marché qui, de loin, peut paraître extrêmement concurrentiel, ce sont nos précédentes expériences professionnelles. J’ai travaillé pendant de nombreuses années dans un grand groupe de communication à Paris et j’ai pu identifier, dans le cadre de la transformation digitale, que les entreprises envoient de plus en plus de fichiers volumineux. Systématiquement, au sein de très grandes entreprises, les collaborateurs n’utilisent pas les solutions mises en place par les directions générales, mais des services gratuits comme WeTransfer.

Tout cela, parce que ce sont des services très simples d’usage et les collaborateurs veulent perdre le moins de temps possible pour envoyer leurs fichiers. Certes, WeTransfer, c’est fabuleux, cela correspond vraiment aux besoins, c’est très facile, mais l’usage de ces services gratuits pénalise toutes les grandes entreprises. D’abord, parce que l’entreprise perd totalement le respect de la confidentialité des données, car chaque collaborateur utilise dans son coin son propre service sans que la direction générale ait une visibilité sur ce qui est envoyé à l’extérieur, ce qui peut être problématique dans l’environnement professionnel. Ensuite, l’entreprise perd totalement le contrôle de l’image qui est véhiculée. Tous ces services gratuits ont un modèle économique de média, c’est-à-dire qu’ils vivent de la publicité qui est diffusée en fond d’écran. Quand le collaborateur d’une grande entreprise envoie un fichier à un client, celui-ci découvre la publicité d’un annonceur qui, dans le pire des cas, peut être concurrent ou dégradant pour l’image de l’entreprise... Donc c’est pénalisant également.


Par exemple, si une agence de publicité envoie un fichier à Orange avec, en fond, une annonce pour SFR, c’est un peu gênant…

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