Guérilla. Le temps des barbares.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Laurent Obertone est l’un des écrivains qui a vendu le plus de livres en France au cours de ces dernières années. Le premier tome de Guérilla a été numéro un des ventes pendant plusieurs semaines. Aujourd’hui, il publie le tome 2 de Guérilla : « Le temps des barbares ». Ce roman d’anticipation repose sur les hypothèses de travail émanant du renseignement, des forces spéciales et des témoignages directs de victimes de guerres civiles. Best-seller international, le tome 1 de Guérilla décrivait l’effondrement de la France en soixante-douze heures. Dans le tome 2, l’auteur campe une France où l’État s’est écroulé en trois jours, un pays livré aux assassins qui tiennent les rues et aux chiens de guerre qui terrorisent les campagnes. Partout le pillage. La folie. La survie. Partout le silence des réseaux détruits. Et partout la violence. Des crânes perforés de balles, des ombres qui fuient, des rues dévastées, des cadavres déchiquetés à perte de vue, des ordres, des plaintes, des cris, des rafales d’armes automatiques se répondant d’une rue à l’autre, des geysers de flammes et le bruit sourd des rotors brassant le ciel ardent des villes. Il dépeint de simples citoyens réfugiés dans les campagnes françaises, qui ne sont plus que des créatures privées de tout, isolées dans leur méfiance, prêtes à s’entretuer pour un bidon d’essence.

Laurent Obertone revient sur l’évolution de ses œuvres : « Je suis passé du document d’actualité purement factuel et sourcé, à la fiction documentée, c’est un peu différent. L’idée étant de travailler sur ce qui risque de se passer demain à partir de la photographie actuelle. Les informations sont celles du renseignement et de la police. J’ai beaucoup d’entrées dans ces milieux et je me suis servi de leur propre curseur de réflexion en voyant jusqu’où on pourrait le pousser dans l’avenir. Dans mon livre, tout repose sur les analyses de gens qui sont très bien informés et que, malheureusement, on n’écoute pas assez. Ils sont très contents de me livrer leurs informations dont on sait très bien qu’elles n’intéressent pas nos décideurs. Aujourd’hui, nous avons à la tête de notre pays des gens qui sont formés pour communiquer et pas pour agir. Le jour où il faudra passer aux actes, j’ai peur que l’on se trouve fort dépourvu ! » Il insiste sur l’évolution de notre société : « Nous sommes dans une métamorphose. Nous sommes dans une situation de confort sans précédent et nous avons oublié les réalités ancestrales : comme le froid, la nécessité de chasser pour survivre, la faim, la peur, la solitude, l’étranger forcément dangereux et inamical… Aujourd’hui, nous sommes dans une situation surréaliste de confort, de vivre ensemble plus ou moins obligatoire, de consommation et de grands médias. Si jamais cette société venait à basculer à un état un peu ancestral, donc si l’on coupait le courant et si cet État qui gouverne nos vies venait à disparaître brutalement, que ferait-on ? La métamorphose serait extrêmement brutale et certains vivraient cela très mal. Peut-être que d’autres, qui sont des ardents défenseurs des idées progressistes, de la bonté et de l’humanisme, se révéleraient être assez impitoyables quand il s’agira de survivre... Je pense que les métamorphoses seront légion ».

Laurent Obertone essaye aussi de comprendre ce qui se passe dans nos mentalités : « Le terme de guerre civile est un peu impropre puisque l’on voit bien qu’il y a une grande partie de la population qui est complètement amorphe et passive, qui renonce chaque jour un peu plus et qui ne trouve ni les ressources, ni le courage, ni la volonté, pour essayer de renverser la vapeur. On sait très bien que cette situation va se dégrader, mais on a déjà tellement accepté, on a encore tant de choses à perdre, on a tant investi dans cette société, que l’on a peur d’être désigné et ostracisé si l’on s’oppose à cette marche vers le vivre ensemble. Ainsi, il n’y a pas vraiment de guerre civile avec deux camps distincts qui vont s’opposer, mais une forme d’effondrement de la société, qui est aujourd’hui un peu artificielle, alors qu’en réalité il n’y a quasiment plus de cohésion au sein de la société. Les individus ne se reconnaissent plus. Il y a un manque de confiance, il y a un effondrement de la solidarité... Je pense que nous aurons plutôt affaire à une guerre de tous contre tous, avec chacun qui va essayer de tirer la couverture à lui, mais dans un monde absolument impitoyable et sans règles ».

Pourtant, aujourd’hui encore, personne ne veut croire que l’État peut s’effondrer en trois jours : « Le temps est très court, c’est volontaire de ma part. Cela pourrait être plus long, comme plus court. Tout dépend de l’électricité et des réseaux, et nous avons un point de faiblesse qui est énorme. On sait très bien qu’il y a des points de faiblesse très importants dans l’alimentation électrique. Cela fait très longtemps que les experts alertent sur la situation des transformateurs des centrales nucléaires : notamment, si ces transformateurs étaient attaqués en même temps, il faudrait des mois pour rétablir la distribution de l’alimentation électrique, pas seulement en France, mais dans les pays voisins aussi qui sont tous dépendants de la distribution française. Il y a des points de faiblesse fondamentaux de la structure et c’est pour cette raison que cela peut aller très vite. Je fais souvent cette comparaison avec le Titanic : on a l’impression que l’on est sur un navire très solide que Dieu seul pourrait couler, mais en réalité il y a beaucoup d’orgueil et il y a des points de faiblesse très importants dans la structure. Évidemment, quand on est aux commandes du navire, on veut aller plus vite. On pense que l’on est intouchable, mais en réalité ce n’est pas vrai. Tous les systèmes complexes ont énormément de points de faiblesse et, dès qu’un nœud central est touché, les autres s’effondrent par effet domino. Cela peut aller très vite. En réalité, la police et les forces de l’ordre sont trop peu nombreuses pour faire face à un effondrement généralisé. Ce sont des gens qui sont très forts pour régler un problème précis et localisé, mais, dans le scénario d’un effondrement global, ils seront très rapidement dépassés ».

Il décrit un scénario où tout explose très rapidement, c’est la guerre des villages, et l’on découvre la réalité de l’être humain. Ainsi, celui qui distribuait des prospectus pour la paix dans le monde devient une bête sauvage lorsqu’il n’a plus à manger : « Voilà la réalité de la nature humaine ! Quand on étudie les guerres civiles récentes, notamment en Bosnie, ou plus près de nous, quand on a des pannes gigantesques de courant, même dans les sociétés que l’on pense les plus développées, on voit que la nature humaine se révèle et elle est encore pire que la nature animale. Les comportements sont aberrants dès que l’État ou la police n’est plus là pour tenir les individus dans une habitude normale et civilisée. On est dans le règne de la violence la plus totale et l’on ne peut pas résumer cela à des clans précis, comme la banlieue contre la société traditionnelle français. C’est vraiment tous contre tous ». Laurent Obertone souligne que « notre évolution nous a fabriquée pour un environnement ancestral dans lequel nous avons survécu pendant des centaines de milliers d’années... La règle primordiale était de survivre, on avait besoin d’avoir un sens de l’orientation, une force physique importante, de savoir chasser... On avait le sens de l’autonomie, alors qu’aujourd’hui nous avons nettement moins besoin de tout cela et nous avons pu progressivement renoncer à notre état d’indépendance. Sous le vernis social et cette sorte de structure domestique qui nous tient, il y a des êtres qui seraient perdus sans cette espèce de réseau civilisé et l’on sait très bien que les êtres humains, privés de cela, pourraient aller très loin dans la barbarie ».

Pour se préparer à cela, il est plus que jamais nécessaire de développer des réflexes survivalistes : « Chaque année que vous passez dans cette espèce de cocon, avec le chauffage permanent, vous n’avez plus besoin de chasser et d’exercer vos aptitudes physiques pour survivre... L’évolution a fait de nous des individus qui sont très forts parce qu’ils sont en société, parce qu’il y a ce principe de subsidiarité. Il y a des gens qui se battent pour nous, on a des gens qui vont chercher notre nourriture... Mais nous sommes extrêmement dépendants de tout cela. Les gens ne comprennent pas la complexité des réseaux d’électricité, ils ne savent pas comment fonctionne leur téléphone et ils ont perdu des aptitudes physiques et mentales qui sont primordiales pour survivre dans un monde sans société. En ce qui concerne les aptitudes musculaires, c’est très évident. Il y a eu des études sur ce point, par rapport à nos ancêtres, et nous avons régressé à tous les points de vue. Si vous mettez aujourd’hui un bon bourgeois français au Moyen Âge, il trouverait la situation extrêmement difficile alors que, pourtant, elle était déjà bien meilleure que plusieurs siècles en arrière ! Il ne faut pas croire que ce cocon dans lequel on nous a plongés, pour mieux nous tenir, d’ailleurs, soit immuable et éternel. C’est un état transitoire et quasiment accidentel. Tôt ou tard, cet État va s’effondrer et l’on va avoir le retour d’une sélection qui sera impitoyable. Par exemple, si vous êtes myope et si, dans le chaos, vous perdez vos lunettes, vous avez des points en moins sur vos chances de survie. Tout est comme ça ! Si vous n’êtes pas armé et si vous êtes au mauvais endroit au mauvais moment, il y a de fortes probabilités pour que vous passiez à la trappe. C’est un univers impitoyable qui peut nous rattraper rapidement ». En conclusion, il est convaincu que cette guérilla est probable : « Le renseignement, les gens les mieux informés de ce pays, ont la conviction profonde que cela peut se produire et que tous les éléments du drame sont en place aujourd’hui, que ce soit d’un point de vue économique, social, structurel ou communautaire ».

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.