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Renault-Nissan : vingt ans de "mariage" et la vaisselle vole !
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 25 octobre 2019 (numéro 1.011) : “Matières premières : Imérys ou Eramet ? ”. Bonne lecture !!!
Mariage ? De raison... La dot de Renault fut indispensable pour sauver l’ancien géant nippon en perdition. Lors de la mise en place de la nouvelle Nissan Micra dans l’usine Renault de Flins, les cadres de chez Nissan, péché d’orgueil, se vantaient « d’avoir appris à travailler » à leurs collègues de chez Renault. Même si la Nissan Micra fabriquée à Flins est un produit de qualité, made in France, cela ne se sait pas… et le modèle, qui avait gagné en taille, quittant le segment A pour le segment B, a eu des ventes très inférieures à ce qui était prévu, en 2019, en Europe, elles seront au maximum de l’ordre de 80.000 unités, alors que Nissan visait 140.000 ventes en année pleine, en rythme de croisière.
Nissan n’est plus prophète dans son pays.
Lorsque Renault a renfloué Nissan, société au bord du dépôt de bilan, il y a vingt ans de cela, la société japonaise pesait, sur son marché intérieur, la moitié des ventes de Toyota et de ses filiales (Daihatsu, Hino…). Aujourd’hui, les ventes de Nissan ne représentent plus que 11 % du marché japonais alors que le groupe Toyota, sans même compter Suzuki, Mazda et Subaru, où Toyota détient désormais des participations, ne seront que de 11 % du marché, Mitsubishi, nouvelle filiale de Nissan, ne représente qu’une participation ultra-minoritaire du marché nippon. Renault est resté n°1 en France, malgré le renouveau caracolant de PSA, et Peugeot qui mord les molets du losange. Le géant Toyota s’est implanté industriellement en France très peu de temps après que Renault ait pris le contrôle de Nissan, et tout le monde sait, dans l’Hexagone, que la Yaris est une voiture « made in France », c’est désormais la seule petite voiture qui soit, avec la DS 3 Crossback et la Nissan Micra, fabriquée sur le territoire hexagonal.
L’Etat a laissé Renault délocaliser sa Clio, après la Mégane...
Pour sa Clio, Renault la fait fabriquer en Slovénie et surtout en Turquie, dans une filiale locale où le groupe au losange est associé avec la caisse de retraite de l’Armée turque, l’employeur de la fameuse équipe de football qui salue son hymne par un salut militaire lors d’un match, alors que les supporters turcs sifflent la Marseillaise. Il fut un temps où les 4L et les Renault 5 sortaient de l’usine historique de Billancourt, les Clio ont ensuite fait le bonheur, d’années en années, de l’usine de Flins, plus à l’Ouest à la limite entre la région parisienne et la Normandie, aujourd’hui, Renault, qui fut naguère le premier exportateur de France, est devenu aujourd’hui un importateur net. Entre Renault qui n’est plus le grand industriel français qu’il a été pendant très longtemps et Nissan qui n’est absolument plus non plus prophète en son pays, on peut s’apercevoir qu’il y a un vrai problème génétique, l’ADN des deux grandes entreprises de l’automobile est aujourd’hui pollué. Toyota et PSA n’ont aucun rapport capitalistique, pour autant, ils travaillent bien ensemble, ils ont eu une usine en commun en République Tchèque (Toyota vient de racheter les parts de PSA), et Toyota achète ses utilitaires « sur étagère » dans le catalogue de PSA. Après un dérivé du Jumpy, le ProAce, il y aura le ProAce City, un dérivé du Berlingo.