Où vont les fils ?
LITTÉRATURE
Olivier Frébourg est journaliste et écrivain, membre de l’association des Écrivains de Marine et fondateur des éditions de l’Équateur. Il est l’auteur de plusieurs romans, d’histoires et de voyages, dont récemment « Gaston et Gustave » et « La Grande Nageuse ». Son dernier livre est un événement, certains pensent que ce sera le grand succès de la fin d’année, « Où vont les fils ? », il fait d’ailleurs partie de la sélection du Prix Interallié 2019. D’abord, avant de revenir sur ce roman, qui évoque encore une fois une histoire de voyage, Olivier Frébourg nous parle de sa passion pour la marine : « Être marin ou écrivain, ce sont deux vocations très proches. Ce sont des métiers d’observation, de recueillement... On navigue dans la solitude, on embrasse des mondes différents, c’est le propre de l’imaginaire… Le propre du navigateur est d’aller vers l’autre et le propre de l’écrivain est de se mettre à la place des autres et de vivre plusieurs vies et plusieurs mondes. En effet, il ne faut pas l’oublier, la mer est aujourd’hui la matrice et le cœur de notre Terre, car sans la mer on ne vivrait pas et on ne respirerait pas. En plus, avec les problèmes d’environnement et d’écologie, on s’aperçoit à quel point la mer nous est précieuse et à quel point elle va peut-être nous sauver. Pour moi, être Écrivain de Marine, c’est la plus belle chose qui soit ! C’est beaucoup plus beau que n’importe quelle académie, qui sont souvent des clubs fermés, alors que le Club des écrivains de Marine est très ouvert, ouvert à tous les vents et ouvert à toutes les marines. Un écrivain est là pour laisser des traces, alors que le bateau laisse des traces qui s’effacent, puisque la mer recouvre toujours tout… » La mer, c’est aussi pour les écrivains une grande source d’imagination : « Apparemment, la mer ne vieillit pas... C’est une peau qui se referme, qui cicatrise tout de suite et, en fin de compte, on peut s’imaginer devant la Méditerranée comme Homère sous l’Antiquité. A priori, la mer n’a pas changé de physionomie. Ce n’est pas tout à fait la même chose dans les abysses car, sous le fond de la mer, nous avons la part d’ombre de l’humanité, la poubelle de l’humanité... Mais cette mer a une capacité de renouvellement extraordinaire, tout comme une énergie extraordinaire. C’est pour cela que tous les écrivains ont été attirés par la mer, par la ligne d’horizon, mais aussi par cette puissance extraordinaire ».
Mais revenons sur son dernier livre « Où vont les fils ? ». Olivier Frébourg explique que « c’est un livre sur le voyage et sur la transmission. J’ai eu une enfance extrêmement voyageuse et maritime et, quand je suis devenu père, je me suis demandé ce que nous devions transmettre à nos enfants. J’ai eu cette enfance nomade et maritime, j’ai essayé de donner ce goût du voyage à nos enfants, dans un monde où le rapport à la distance change complètement avec la numérisation. La mémoire, c’est une unité, une famille, alors qu’aujourd’hui le monde numérique est celui de la fragmentation et des réseaux. Je me suis posé cette question sur les liens que nous avons avec nos parents, les objets que nous gardons, car il n’y a pas de vie humaine possible sans mémoire. J’aime beaucoup cette mémoire quand elle est maritime parce que, justement, elle garde une sorte de fidélité. Je me méfie des discours trop modernistes sur l’accélération et la technique. Pour moi, la technique est une barbarie s’il n’y a pas derrière le souvenir et cette transmission. Nous partons toujours vers une aventure, c’est notre vie, et nous revenons toujours vers notre maison natale, d’une manière ou d’une autre, puisque de toute façon il y a la mort... »
Pourtant, la mémoire n’a pas bonne presse en ce moment : « Il y a la mémoire collective, celle que nous partageons tous, et il y a la mémoire privée et la mémoire intime. Nous avons dans nos vies une part sur laquelle nous pouvons intervenir sur le plan strictement personnel, comme dans l’éducation de nos enfants, et l’on s’aperçoit aussi que le collectif représente un point extrêmement important pour nous. Notre rapport à l’histoire est très différent en fonction des époques et il traduit également les préoccupations d’une époque. Aujourd’hui, on peut s’interroger sur notre rapport à ce que Pierre Nora appelait « les lieux de mémoire » : ils varient d’une façon ou d’une autre, c’est la transmission collective. Elle est très importante et l’on voit très bien que l’histoire est une construction imaginaire : ce n’est pas la réalité, puisque nous reconstruisons quelque chose… L’histoire est une part de notre imaginaire. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas vérifier la réalité des faits, mais nous en avons besoin pour unir un peuple, en fonction de nos sensibilités, de nos religions ou de nos couleurs, et nous en avons besoin parce que c’est aussi une vocation naturelle. Sinon, on serait un peuple sans mémoire et sans histoire, qui deviendrait fou... Maintenant, il ne faut pas que l’histoire nous paralyse, ce qui est intéressant, c’est le temps présent. Mais, sans histoire, on ne peut absolument pas avancer et l’on sait très bien que pour être un bon voyageur, il faut un port d’attache ». Notre consœur Francine de Martinoir écrit dans La Croix : « Très beau texte de deuil d’Olivier Frébourg, un adieu à la femme aimée, un monde en passe de disparaître, ode nostalgique au bonheur en famille ». Elle résume parfaitement l’esprit de ce livre.
« Où vont les fils » d’Olivier Frébourg est publié aux Éditions Mercure de France.
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