Entretien exclusif avec le rapporteur de la commission d’enquête sur les pratiques de la grande distribution.

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Grégory Besson-Moreau, député LREM de l’Aube : « Il manque une loi de confiance dans l’économie des produits de grande consommation. »

Grégory Besson-Moreau, député LREM de l’Aube, est le rapporteur de la commission d’enquête sur les pratiques de la grande distribution. Il défend plusieurs propositions, comme l’instauration d’un index des prix, le décalage des dates des négociations commerciales et la rémunération des lanceurs d’alerte. Il propose en effet d’indemniser les lanceurs d’alerte qui signaleraient les dysfonctionnements dans les relations entre les distributeurs et les fournisseurs. Ces informateurs pourraient disposer d’un portail, mis en place par le ministère de l’Économie, qui garantirait leur anonymat. Pour sortir de la logique de la guerre des prix, les parlementaires préconisent un index des prix et un décalage du calendrier commercial au mois de septembre : « Cela permettrait d’être en adéquation avec les récoltes et cela répondrait à une logique comptable, tant pour les industriels que pour la distribution ».


L’Hebdo-Bourseplus : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à ce sujet, dont on débat depuis des décennies avec l’impression que cela n’avance jamais…

Grégory Besson-Moreau : Je suis élu d’un territoire très rural, le département de l’Aube, avec 218 communes dans ma circonscription et un tiers de la ville de Troyes, qui n’est pas une mégapole. Ce tiers de la ville de Troyes représente 50 % de mes électeurs. Donc, vous imaginez le territoire extrêmement vaste dans lequel je vis. À la suite de la loi EGalim (loi agriculture et alimentation), j’ai énormément travaillé dessus. Nous avions l’objectif de faire redescendre l’argent dans la cour de la ferme… Je sentais que le contrat de confiance qui avait été établi entre la grande distribution et les industriels de l’agroalimentaire ne tiendrait pas et, à la suite d’EGalim, avec mon collègue Thierry Benoit, le président de cette commission d’enquête, nous avons décidé de la créer pour, non plus cette fois établir un contrat de confiance, mais mettre un peu de contraintes législatives et analyser pourquoi existe ce conflit entre la grande distribution et les industriels agroalimentaires. Nous sommes partis d’un constat simple : celui qui est en bout de chaîne, à savoir l’agriculteur, doit être rémunéré ; nous avons mis tous les outils en place, or ces outils font qu’il n’est pas mieux rémunéré...

Donc, que se passe-t-il ? Dans la chaîne de valeur de la grande distribution, à un moment donné, cette valeur passe quelque part et elle ne redescend plus. Est-ce la faute de l’industriel qui mentirait à ses fournisseurs ? Est-ce la faute de la grande distribution ? Est-ce la faute des pouvoirs publics ? Que se passe-t-il pour que les agriculteurs, aujourd’hui, avec tous les outils que nous avons mis en place, ne puissent pas vivre dignement ? Notre volonté était d’aider le monde agricole. Ensuite, nous attaquons un sujet qui est demandé depuis très longtemps, cela fait plus de dix ans que c’est d’actualité : à la fin de la loi LME (Loi de modernisation de l’économie) on avait déjà commencé à entendre cette remarque sur les pleins pouvoirs qui étaient donnés aux acteurs de la grande distribution. Ces pouvoirs étaient peut-être nécessaires, peut-être que les industriels ne jouaient pas le jeu à l’époque, avec une augmentation des prix chaque année, mais le problème c’est que l’on a renversé la vapeur en passant de la loi Galland à la loi LME. Je pense que lorsque l’on renverse la vapeur, on ne fait que déplacer le problème. Et c’est d’ailleurs ce qui est arrivé. On est passé des pleins pouvoirs aux industriels, aux pleins pouvoirs à la grande distribution.

Donc, à un moment donné, il fallait enquêter. Simplement, pour créer une commission d’enquête sur la grande distribution et ses relations avec les fournisseurs, il faut avoir un sacré courage politique, puisque vous avez en face de vous les plus gros communicants de France ! Les plus gros annonceurs dans les médias en France, ce sont les grands distributeurs ! En plus, vous vous attaquez au premier employeur de France, avec 800 000 employés, et vous vous attaquez au plus gros marché de valeurs échangées sur le territoire français. Ce n’est pas l’automobile, ce n’est pas la pharmacie, ce n’est pas l’armement... Le plus gros volume d’achats échangés, c’est la grande distribution, avec 300 milliards. Personne ne voulait ouvrir le sujet. Donc, on a dû faire du travail en interne pour y aller. Il fallait un peu de courage et Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, a donné son aval très rapidement. En plus, c’est un Breton et les Bretons ne lâchent rien ! Il a donné son aval en nous recommandant de faire le maximum, de bien le faire et en toute impartialité, et de ne surtout pas faire une commission d’enquête à charge. Il me connaissait déjà, puisque j’étais aussi le rapporteur de la commission d’enquête sur Lactalis.

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