Le Pakistan. De l’empire des Moghols à la République islamique.
LITTÉRATURE
Ardavan Amir-Aslani est docteur en droit et avocat au barreau de Paris. Le grand public le connaît pour ses interventions médiatiques autour de la polémique sur l’héritage de la famille Hallyday, mais il est surtout le conseil de plusieurs États et groupes internationaux. Il enseigne également la géopolitique du Moyen-Orient à l’École de guerre économique. Dans son dernier ouvrage, il nous permet de découvrir ce pays méconnu, qui suscite parfois la crainte, mais qui est pourtant considéré comme une grande puissance mondiale de demain : le Pakistan.
En effet, on a souvent une image caricaturale du Pakistan et ce livre permet de mieux comprendre ce pays méconnu des Français : « J’ai essayé de décrire le pourquoi de la partition des Indes britanniques à travers l’étude de l’histoire. Déjà, à l’époque de la colonisation britannique, les musulmans ont été marginalisés en raison de la révolte des cipayes en 1857, lorsque les soldats, majoritairement musulmans, ont pris les armes contre les Anglais afin de récupérer la souveraineté que ce pays avait perdue. Cette tentative a rencontré un échec, mais c’est ce qui a permis aux Anglais de totalement écarter les musulmans - pas seulement de Delhi, qui était une ville musulmane avant cet événement - pour en faire des citoyens de seconde classe en assurant la promotion des hindous. Le Raj britannique a remplacé l’empire des Moghols, qui étaient des Ouzbeks persanophones partis des steppes de l’Asie centrale pour conquérir l’Inde et y créer l’un des grands empires de l’histoire. Gengis Khan est à l’origine de l’ethnie qui a pris le pouvoir aux Indes ».
Il est intéressant de noter que c’est la culture actuelle du Pakistan qui prédominait dans cet ensemble et que les hindous étaient minoritaires : « Les hindous sont minoritaires et, sur le plan historique, ce qui a fait que l’empire Moghol des Indes arrivait à tenir ce vaste territoire, c’était principalement parce que les Moghols n’avaient pas fondé leur légitimité sur l’islam, mais sur les aspects culturels à travers la civilisation indo-persane, car n’oublions pas que les grands Moghols étaient tous persanophones. Les archives de l’Inde, jusqu’au XIXe siècle, sont en persan. Parce qu’ils n’avaient pas fixé leur légitimité sur la religion musulmane et parce qu’ils avaient recherché la synthèse ». A travers ce livre, Ardavan Amir-Aslani souhaite changer l’image du Pakistan : « Il y a un décalage entre l’image du Pakistan à l’étranger, où l’on a l’impression que c’est un pays qui est perpétuellement en guerre, en conflit avec l’Inde, un pays islamisé à outrance, et sa réalité dans sa musique et dans sa culture. Cette islamisation du Pakistan est un phénomène très récent, parce que cette partie occidentale des Indes britanniques était connue pour sa modération et pour son ouverture d’esprit. C’était l’islam des soufis et l’islam des mausolées. L’islam a changé au Pakistan au début des années 70 avec l’argent des Saoudiens qui ont transformé les madrasa qui enseignaient la tolérance. Cela a donné lieu à l’épisode de la Mosquée rouge où l’armée est intervenue, avec une centaine de morts. Les Saoudiens ont transformé l’identité de ce pays en une identité islamique, alors qu’elle était davantage culturelle ».
Pour nous permettre de comprendre cette culture, il explique que les Moghols parlaient le turc avec leur mère et leurs généraux, persan avec leurs poètes et l’administration, arabe à leur dieu et ourdou à leurs sujets : « L’ourdou est la langue officielle du Pakistan. Ce nom vient du mot persan campement militaire. C’est une langue qui est composée à 70 % de mots persans ». Beaucoup de gens pensent que le célèbre mausolée du Taj Mahal symbolise l’Inde, alors qu’en réalité c’est le Pakistan. D’ailleurs, il a failli être démonté pierre par pierre pour être remonté au Pakistan : « Cela a été envisagé. Les grandes œuvres architecturales de l’Inde du Nord, quand vous allez à Delhi ou Agra, sont des monuments construits par les grands Moghols de l’Inde dont le Pakistan se considère être l’héritier. Le Taj Mahal est intéressant parce que cela traduit ce que je disais, à savoir que les Moghols régnaient par la culture et non pas par la religion. Le Taj Mahal est une tombe - et non pas un palais - et c’est l’œuvre des architectes persans que Shah Jahan, empereur des Indes, a fait venir d’Iran. Il devait y avoir, face à ce mausolée qu’il a fait construire pour sa femme, le même bâtiment pour lui, de couleur noire, de l’autre côté du fleuve Yamuna ».
Mais revenons sur l’histoire du Pakistan : « Quand les Anglais sont arrivés, le dernier empereur Moghol de l’Inde, Bahadur Shah, a été arrêté dans la tombe de son ancêtre par les troupes anglaises. Le lieutenant William Hodson abattit de sang-froid ses enfants sous ses yeux et il s’en vanta dès le lendemain auprès de sa sœur : « En vingt-quatre heures, je disposai des principaux membres de la famille de Timour le Tartare. Je ne suis pas cruel, mais j’avoue que j’étais heureux de pouvoir débarrasser la terre de ces scélérats. » On venait de couper la tête de ses fils. Elles ont été servies sur un plateau et Bahadur Shah a dit : « Nous avons l’habitude de subir des vexations de cette nature, car rares sont les fils des empereurs Moghols qui arrivent à avoir une vie normale ». Par exemple, le fils aîné de Shah Jahan, qui était destiné à devenir son successeur, a été décapité par son frère cadet, qui était une sorte de taliban de l’époque... »
On perçoit bien qu’au sein de ce grand ensemble, il y avait une rivalité très forte entre les deux communautés et il signale à quel point les Indiens ont traité les musulmans avec mépris, alors qu’ils partageaient le même territoire : « C’est ce qui découle de la révolte des cipayes en 1857, lorsque les Anglais ont décidé de privilégier leurs relations avec la population hindoue au détriment des musulmans. Avant cet événement, les musulmans étaient les partenaires privilégiés des Anglais, et pas les hindous. Aujourd’hui, avec un Premier ministre indien comme Modi, le nationalisme indien est exacerbé et, l’identité nationale jouant un rôle, on est hindou indien parce que l’on n’est pas musulman pakistanais et l’on est dans un processus de fabrication de l’ennemi ». Ensuite, en tant qu’État indépendant : « Le Pakistan a été créé en 1947, alors que la plupart des pétromonarchies arabes islamiques qui se sont inquiétées de l’existence du Pakistan ont été créées dans les années 70. À un moment, le Pakistan avait la légitimité, devant l’Indonésie, pour prendre la direction du monde musulman sunnite. Les choses ont changé avec la découverte du pétrole et le fait que le monde a octroyé une surreprésentation du wahhabisme dans les relations internationales ».
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