Le livre noir des gaspillages 2019.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

L’association Contribuables Associés a publié en juin dernier un ouvrage-choc recensant des gaspillages ahurissants qui sont financés par nos impôts : « Le livre noir des gaspillages 2019 ». Jean-Baptiste Léon, directeur des publications de Contribuables Associés, a voulu une nouvelle fois démontrer que la France bat des records en termes de dépenses publiques : « Tout le monde gaspille, mais certains aspects vont à l’encontre de ce que l’on pourrait penser, notamment sur le fait que l’État a tendance à réduire la voilure et à diminuer les dépenses publiques, ce qui n’est absolument pas le cas au niveau local. On a tendance à beaucoup trop focaliser sur les gaspillages de l’État, mais on a tendance à minorer ce qui se passe du côté des baronnies locales ».

Les élus locaux ne cessent de se plaindre de la diminution des dotations, tandis qu’en réalité ils continuent de dépenser beaucoup, notamment pour leur clientélisme : « Il est vrai que sous le gouvernement socialiste l’État a diminué les dotations aux collectivités locales de près de 10 milliards d’euros et on a vu que les collectivités ont pu quand même s’en tirer en réduisant leurs propres dépenses. Il faut savoir que l’on a assisté à une véritable explosion du recrutement d’agents territoriaux dans les collectivités locales, notamment dans les communes et les intercommunalités, avec des recrutements qui n’étaient pas justifiés par les transferts de compétences de l’État. C’est du clientélisme, c’est du copinage, tout cela a un coût et la Banque Postale vient de publier une étude qui démontre que le montant des impôts locaux a été multiplié par presque cinq en 30 ans en France. Donc, chaque dépense publique induit une augmentation considérable du taux d’imposition. On nous a vendu l’intercommunalité, ou la fusion de certaines régions, comme étant source d’économies d’échelle, mais c’est tout le contraire qui se passe. Dans certaines communes, le gars qui s’occupait précédemment de la voirie aurait dû avoir un poste mutualisé avec la communauté de communes, mais il a conservé son poste et on en a créé un autre au niveau de l’intercommunalité. Tout cela a des coûts considérables. On nous a vanté la fusion des régions comme quelque chose qui pourrait produire, d’ici quelques années,10 milliards d’euros d’économies, mais c’est tout le contraire qui se passe ».

Les éléments communiqués sont révélateurs et impressionnants. Ainsi, en 2017, dans la fonction publique territoriale, en moyenne 9,8 agents sur 100 étaient absents en permanence, la durée moyenne d’arrêt pour maladie ordinaire est de 22 jours, et les absences pour raison de santé ont augmenté d’un tiers : « Ce ne sont pas des chiffres qui sont inventés, puisque ce sont des chiffres de la Cour des Comptes. On voit que l’absentéisme est bien plus important dans les collectivités locales, ou dans la fonction publique en général, que dans le privé. Tout cela est dû à l’absence de trois jours de carence dans le public, comme cela peut exister dans le privé. Un jour de carence a été rétabli il y a quelques années et on a tout de suite vu les bonnes conséquences de cela. Mais, sur une échelle longue, il y a une différence considérable d’agents absents entre le privé et le public. Dans le sud de la France, beaucoup d’agents sont absents le jour d’ouverture de la chasse, ou les vendredis et lundis, ce sont des phénomènes très connus, mais parfois certains maires ont du mal à lutter contre, même si des bonnes initiatives ont été prises par ailleurs ».

Un chapitre est consacré aux dépenses dingues des collectivités, notamment dans l’art contemporain comme les ronds-points... Jean-Baptiste Léon rappelle que « la moitié des ronds-points qui existent dans le monde sont en France, depuis 40 ans, ils nous coûtent au bas mot 3 milliards d’euros. On fait plaisir aux artistes, parce qu’il y a le fameux 1 % patrimoine qui oblige toutes les collectivités locales à mettre de l’argent dans des œuvres d’art contemporain. Nous avons fait un grand sondage en ligne auprès des internautes qui ont élu le pire rond-point de France, qui est le masque d’André Malraux, du côté de Pontarlier, censé représenter André Malraux : c’est franchement horrible, on dirait une figure vaudoue qui n’est absolument pas ressemblante avec le visage d’André Malraux. Ce qui est rigolo, c’est qu’il y a une école juste à côté, et les parents témoignent que leurs enfants sont effrayés par ce masque d’André Malraux ! Évidemment, tout ceci a un coût, comme un rond-point en forme de cadran solaire à Perpignan, qui a coûté plus de 300 000 euros, et on ne peut lire l’heure que par hélicoptère… » Tous les départements sont concernés par cette folie cela va de l’arbre en ciel de Cugnaux, en Haute-Garonne (68 600 euros) aux 16 clous de Rugles, dans l’Eure (65 000 euros).

Abordons la situation nationale et force est de constater que les politiques sont toujours sensibles aux ors de la République… En 2017, les dépenses de l’Élysée se sont élevées à 102 millions d’euros. On note 58 agents chargés de la communication, un photographe à temps plein, une coiffeuse maquilleuse à temps plein et un parc de 151 voitures. Jean-Baptiste Léon précise que « le budget de l’Élysée est en augmentation de quelques millions d’euros cette année, mais en gros il se stabilise autour de 100 millions d’euros. Ce qui est assez malin de la part de nos présidents, et ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que l’Élysée fait facturer ses dépenses par d’autres ministères. Par exemple, quand on met des policiers à l’Élysée, c’est le ministère de l’Intérieur qui va les payer et cela permet de diminuer ou de masquer certaines dépenses. Il est parfois très difficile de savoir où va l’argent, même si le plus scandaleux n’est pas à l’Élysée ».

Restons au niveau national, avec les fonctionnaires qui ont un temps de travail beaucoup plus faible que n’importe quel salarié lambda, sans compter les secrets des ministères, dont ceux de Bercy et les fameuses autorités administratives indépendantes. Ces instances se singularisent par leur opacité de gestion et les rémunérations scandaleuses de certains de leurs dirigeants : « De l’avis même de l’ancien ministre Jacques Mézard, ce sont des États dans l’État; Il y a 26 autorités administratives indépendantes, certains présidents ont une rémunération quasi équivalente à celle du président de la République, je pense à Chantal Jouanno qui a été en charge de l’organisation du débat public… » Jean-Baptiste Léon poursuit son analyse en évoquant d’autres secteurs : « Il y a eu aussi des rapports sur la rémunération des fonctionnaires de l’Assemblée nationale et certains députés n’arrivent même pas à savoir combien sont payés leurs fonctionnaires ! » Les plus hauts fonctionnaires de l’Assemblée sont mieux payés que les députés, or même un élu de la nation n’est pas en mesure de connaître exactement tout ce qui se passe.

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