24 heures dans la vie des étoiles.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pour ce numéro d’août, place à la découverte avec ce très beau livre de Pascal Descamps, astronome à l’Observatoire de Paris et responsable du service de calculs astronomiques et de renseignements. Dans un ouvrage intitulé « 24 heures dans la vie des étoiles », il présente une approche très concrète de l’astronomie sur le calcul du temps, la météo, les saisons et les raisons de la vie sur Terre. D’abord, il revient sur son métier : « Le temps est encore relié à la rotation de la Terre, c’est ce qui nous donne la mesure du temps. Mais, malheureusement, la Terre ne tourne pas d’une façon aussi parfaite qu’on le voudrait. Elle ralentit légèrement, donc on a été obligé d’inventer une autre échelle de temps, qui ne ralentit pas, c’est le temps atomique, et nous devons relier les deux, le temps atomique et le temps basé sur la rotation de la Terre. Comme les deux ont tendance à se séparer l’un de l’autre, pour rattraper les deux, on rajoute une seconde dans le temps donné par la rotation de la Terre ».

Il doit aussi surveiller qu’une météorite ne nous tombe pas dessus : « C’est une crainte mesurée et réelle. C’est une prise de conscience qui a eu lieu il y a une vingtaine d’années. Or, on sait que cela s’est déjà passé dans l’histoire de la Terre, avec des grandes extinctions qui ont lieu il y a des centaines de millions d’années et l’on sait que cela va recommencer. Entre les grandes extinctions, il peut y avoir des accidents plus petits, qui n’entraînent pas une extinction globale, mais qui peuvent avoir des conséquences à l’échelle d’une nation, à savoir l’impact avec un objet céleste. Toute la problématique est d’inventorier tous ces objets, qui sont à des millions de kilomètres, ils sont proches de nous, et, à un moment donné, on peut prévoir que leur trajectoire va rencontrer celle de la Terre. Mais on ne les connaît pas tous. Les plus dangereux sont ceux que l’on ne connaît pas. Ce sont des astéroïdes qui font à peu près une centaine de mètres. On en détecte une dizaine dans une année, mais seulement quelques jours avant qu’ils ne se rapprochent de la Terre. Heureusement, ceux que nous avons détectés jusqu’à présent sont passés entre 10 000 ou 20 000 kilomètres de la Terre ou de la Lune. Ce n’est pas très éloigné, ce n’est vraiment rien à l’échelle de l’univers…. Mais, un jour ou l’autre, il y aura forcément un astéroïde de cette taille qui viendra s’écraser sur la Terre et ce sera alors une autre histoire ! »

On découvre aussi, dans son livre, que l’Observatoire de Paris est un service public et que chacun peut l’interroger sur tous les sujets : « C’est un service de trois personnes. Nous recevons tous les types de questions, c’est le seul service de ce type en France. Je reçois des questions émanant d’institutions, de professionnels ou d’individus ». Il peut aussi travailler pour la justice : « On peut le faire dans le cadre d’enquêtes ou même d’investigations menées sur des peintures. À partir d’une photo, dans le cadre d’une enquête, avec un minimum d’informations, comme la date et le lieu, je peux calculer l’heure exacte. Autre exemple : si j’ai la visibilité de la Lune, avec une date, je peux trouver d’où cette photo a été prise. On a ainsi découvert que le tableau de Van Gogh, « La nuit étoilée », a été peint à 4h40 précisément. Il y avait la connaissance du lieu, on savait que c’était quelque part en Provence et la seule inconnue était la date. Van Gogh a présenté dans cette peinture des astres, comme la Lune, une planète et des étoiles, tout l’exercice a été de retrouver la configuration astronomique correspondant à celle de la peinture. À partir de là, on a pu dater le tableau, avec une précision de quelques minutes, et trouver le lieu exact ».

Place à la science et à la découverte, contrairement aux idées reçues, c’est en janvier que la Terre est la plus proche du Soleil : « La position où la Terre est la plus proche du Soleil, ce n’est pas celle qui correspond à l’été, parce que l’effet le plus important dans les saisons n’est pas la distance de la Terre au Soleil, mais l’inclinaison de la planète Terre dans l’espace. Si nous avions une Terre qui n’était pas du tout inclinée, les saisons seraient égales partout sur Terre, dans l’hémisphère Nord comme dans l’hémisphère Sud. Donc, il n’y aurait plus de saisons ». il nous annonce que, dans des milliers d’années, la Terre connaîtra des étés caniculaires et des hivers glacials : « Le mouvement de la Terre autour du Soleil est complexe. On sait que les déplacements qui se produisent dans ce mouvement de la Terre font que dans 10 000 ans à peu près, il y aura un moment où il y aura une coïncidence avec la date du solstice d’été, donc ce sera un facteur aggravant dans les températures. Quand tous les facteurs s’accumuleront, cela va provoquer effectivement des hivers très froids et des étés très chauds ».

Il annonce aussi que les saisons que nous connaissons ne vont pas perdurer au cours des siècles prochains : « Cette notion de printemps, été, automne et hiver n’est pas quelque chose d’immuable en astronomie. Ce que nous connaissons, ce n’est pas ce que connaîtront les générations futures, ou ce qu’ont connu les Égyptiens ou les Grecs… À l’époque de Saint-Louis, les étés étaient caniculaires et les hivers étaient glacials, c’était il y a peine 800 ans. On voit bien que les choses évoluent sur des échelles de temps long, de façon sensible, et pour certains phénomènes d’une façon assez rapide. Il y a un autre corps très important pour l’histoire de la Terre, et son futur : c’est la Lune. On sait que la Lune s’éloigne lentement de nous et, à un moment, elle sera tellement éloignée qu’elle n’aura plus la même action sur la Terre et nous connaîtrons des dérèglements climatiques très importants. La Terre pourra très bien partir dans tous les sens comme une toupie, elle pourra s’allonger sur son orbite… À ce moment-là, nous aurons une saison de six mois d’été et une saison de six mois d’hiver, mais c’est à une échelle de plusieurs millions d’années ». Autre conséquence : les jours seront plus longs car « la durée du jour, c’est le temps que met la Terre pour faire un tour sur elle-même. Actuellement c’est grosso modo 24 heures, mais comme la Lune s’éloigne, cela provoque le ralentissement de la Terre, donc la durée du jour augmente, et nous aurons une durée du jour qui pourra passer de 24 à 36 heures, avec toujours une moitié le jour et une autre moitié la nuit ».

Autre sujet passionnant, pour ceux qui seront au bord de l’Atlantique cet été, une explication sur le phénomène des marées : « Les marées sont dues à la Lune, c’est la force d’attraction de la Lune sur les océans, les grosses masses liquides. Donc, quand la Lune passe, elle soulève les océans par son attraction. C’est ce que l’on pense, parce que c’est intuitif. Effectivement, la force d’attraction de la Lune joue un rôle, mais il y a également autre chose et c’est ce qui explique qu’à l’opposé, sur Terre, les masses liquides se soulèvent également, alors que la Lune n’est pas au-dessus. Pour expliquer cela, il faut prendre en compte la force d’attraction de la Lune et une autre force que l’on connaît lorsque l’on prend un virage en voiture un peu rapidement et que l’on est projeté vers l’extérieur : c’est la force centrifuge. Ce sont deux forces antagonistes. La force de la Lune attire à elle les masses de la Terre et les océans, tandis que la force centrifuge, au contraire, projette la Terre vers l’extérieur. La différence tient dans le fait que la force d’attraction de la Lune varie avec la distance. Elle n’est pas la même du côté de la Terre qui fait face à la Lune, que du côté opposé. La force centrifuge agit globalement sur la totalité de la Terre et elle est la même partout. C’est pour cette raison que, du côté de la Terre qui fait face à la Lune, dans cette rivalité entre ces deux forces, c’est l’attraction lunaire qui est plus forte que la force centrifuge. Elle attire les océans vers elle et les océans se soulèvent en direction de la Lune. De l’autre côté, c’est l’inverse : la force d’attraction lunaire perd un peu de force, alors que la force centrifuge est toujours la même et, dans cette rivalité, c’est la force centrifuge qui l’emporte et elle a tendance à soulever les océans, mais vers l’extérieur, dans une direction opposée à celle de la Lune. Donc, sur les deux côtés de la Terre, au même moment, les océans se soulèvent d’une façon identique par le biais de ces deux forces ».

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.