Rajeunir la population : un défi permanent pour les maires ruraux.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Serge Mangin, maire de Liez (Aisne) : « La racine du mal, c’est la désertification de notre territoire par le manque d’emplois. »

C’est la hantise de nombreux élus confrontés au dépeuplement de leur village : comment attirer une population jeune ? À Liez, un village de 400 habitants situé dans le département de l’Aisne, Serge Mangin s’est fixé pour objectif de faire revenir des familles plus jeunes sur son territoire. En effet, un quart de ses administrés sont âgés de plus de 65 ans, contre 17,7 % au niveau national. L’école est fermée, car le village ne comporte que 12 enfants, alors qu’il en faudrait une trentaine pour pouvoir ouvrir un établissement scolaire. Depuis plusieurs années, le maire fait tout pour augmenter l’offre de logements et il observe avec satisfaction que les logements vides se vendent. Selon lui, il faudrait maintenant développer une activité économique dans le monde rural, car il existe une réelle volonté des Français de vivre tranquillement à la campagne. Contrairement à certains de ses collègues qui sont pessimistes, Serge Mangin croit en l’avenir des campagnes. Dernière bonne nouvelle : la fibre arrive au village fin août, de quoi attirer de nouveaux habitants…


L’Hebdo-Bourseplus : Dans les années 80, on pensait que la vie à la campagne allait se développer et ce sentiment a été renforcé avec le déploiement de l’Internet et du télétravail. Au final, on s’aperçoit que ce sont les villes qui se sont renforcées, au détriment des campagnes. Pensez-vous que la situation peut changer ?

Serge Mangin : Je continue de croire à cela et c’est pour cette raison que je continue de me battre dans ma petite commune. Je crois que tout cela est lié à l’absence d’emplois. Sur notre territoire, nous avons de nombreuses entreprises industrielles qui ont disparu, nous avons pas mal de magasins qui partent, donc les gens vont naturellement là où il y a de l’emploi. Dans notre petit village, nous avons de la chance, puisque nous sommes à 2 kilomètres du centre-ville de Tergnier, une ville de 15 000 habitants. Cependant, j’observe que notre village est en fin de cycle, puisque nous avons 25 % de la population qui a plus de 65 ans, donc la commune est en train de se renouveler. Les logements vides, notamment après un décès ou un déménagement, sont très rapidement occupés. Dès qu’un logement est libre, il est racheté en moyenne au bout de trois mois et l’on commence à voir des personnes qui reviennent vivre dans la ruralité. Ce phénomène de désertification des villages est aussi lié au développement des grandes surfaces, car on a vidé la ruralité avec l’implantation de ces grandes enseignes qui se sont installées à proximité des grandes villes. Même sur Tergnier, qui est une ville moyenne, beaucoup de commerçants ferment, parce que les gens vont dans les grandes surfaces. Vu le contexte actuel, avec la préoccupation écologique et la transition énergétique, les citadins découvrent qu’ils ont beaucoup de contraintes, comme l’obligation d’acheter une vignette ou des interdictions de circuler et, face à cela, j’observe une volonté des gens de s’éloigner de leur lieu de travail. Le télétravail se développe énormément. Par exemple, dans la commune, je connais quelques personnes qui travaillent depuis chez elles. Les couples recherchent surtout la tranquillité à l’heure actuelle. Dès que les gens peuvent s’évader de Paris pour revenir à la campagne, ils le font. Ils travaillent sur place et ils s’intéressent aux activités de la commune. Notre village est en train d’être raccordé à la fibre et c’est une excellente chose pour favoriser le développement du télétravail.


Dans votre constat, le développement des grandes surfaces a constitué une catastrophe pour l’économie dans les petites et moyennes villes. Quel est votre sentiment ?

La société avance et le citoyen doit s’adapter à toutes les situations qui se présentent. Malheureusement, nous perdons progressivement nos magasins de proximité, comme les boulangeries. Lorsqu’un nouveau professionnel ouvre un commerce, il se bat pendant deux ans et, malheureusement, il doit fermer après. Certains commerces avaient une cinquantaine de clients par jour il y a quelques années. Maintenant, c’est seulement quatre ou cinq clients qui franchissent la porte chaque jour... Donc, ils ne peuvent plus vivre. Vous savez, les grandes surfaces sont à la fois des lieux de rencontres et de promenades. Si vous regardez bien les chariots à la sortie des magasins, vous avez parfois deux ou trois articles et cela veut dire que les couples y sont simplement venus pour sortir de chez eux... J’ai 70 ans, j’ai décidé de me représenter et beaucoup de personnes m’ont demandé de continuer. Je suis né dans ce village, j’ai la santé, donc je n’ai pas envie de laisser tomber les gens qui sont autour de moi.

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