⟵ Retour
Un élu rural découvre les effets pervers des « fausses informations » diffusées sur Facebook.
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Régis Marquet, maire de Neuville-au-Cornet (Pas-de-Calais) : « Le doute peut s’installer chez certains et il est difficile de se justifier. »
Tout le monde peut être concerné, à un moment ou un autre, par les fausses informations relayées sur les réseaux sociaux. Régis Marquet, maire de Neuville-au-Cornet, une commune de 72 habitants située dans le département du Pas-de-Calais, a appris que l’un de ses adjoints avait publié sur Facebook un message l’accusant d’avoir réalisé « 400 000 euros de dépenses en vue d’être réélu » et cette personne annonçait également, dans ce même post, sa propre candidature à la prochaine élection municipale, tout en précisant : « Avec moi, vous serez maître sur vos terres, mes priorités seront notre liberté et le bien vivre ensemble ». Régis Marquet a été choqué que son adjoint l’accuse ainsi de se servir de l’argent public « à des fins personnelles », alors que « chaque décision est prise en accord avec l’ensemble des élus, notamment sur la réfection de la salle des fêtes », c’est de cela qu’il était question dans cette allusion. En outre, ce chantier n’a pas coûté 400 000 euros à la commune, mais beaucoup moins, si l’on prend en compte les subventions.
L’Hebdo-Bourseplus : Qu’avez-vous ressenti en découvrant le message de votre adjoint sur Facebook ?
Régis Marquet : Déjà, il y a un sentiment de trahison, parce que c’est mon premier adjoint qui a publié cela. Si cela avait été un habitant, ce sentiment aurait été certainement moins fort. Mais c’est mon premier adjoint, celui qui m’avait dit au-revoir tranquillement la veille au soir ! Je ne suis pas quelqu’un qui utilise les réseaux sociaux. D’ailleurs, je n’ai pas de compte sur Facebook ou sur Twitter, donc, c’est quelqu’un qui m’a fait part de ce message. Je me suis senti diffamé parce que, comme toujours, on arrondit des sommes et l’on parle d’un investissement de 400 000 euros, en expliquant que c’est de l’argent gaspillé pour être réélu... En lisant entre les lignes, j’aurais utilisé de l’argent public pour être réélu !
Mais il faut bien faire des travaux dans une commune ! Après, il fait un peu de populisme en expliquant qu’avec lui les gens retrouveront leur liberté... Dans un premier temps, on se sent isolé et l’on se dit que ce n’est pas possible. Puis, on en parle à des proches et l’on se dit que l’on ne peut pas se laisser diffamer de cette manière, mais qu’il ne faut pas non plus entrer dans ce jeu. Je ne pouvais pas y entrer, parce que je n’ai pas de compte Facebook. Comme nous sommes une petite commune, j’ai répondu sur papier, en démontant toutes les objections que l’on me faisait, avec la possibilité donnée aux habitants de venir vérifier en mairie ce que j’avançais. Vis-à-vis de l’extérieur, c’est plus grave, les gens lisent ceci, ils pensent ce qu’ils veulent, mais le doute peut s’installer chez certains et il est difficile de se justifier. La Voix du Nord m’a proposé de répondre sur sa page Facebook et c’est ce que j’ai fait.
En tant qu’élu, avec les nouvelles technologies, pensez-vous être confronté à des attaques auxquelles vous n’êtes pas préparé ?