Teleperformance, ou la Bourse face au vertige de l'automate

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Yannick URRIEN + Mustapha GHAILANE

Il fut un temps où Teleperformance incarnait, sur la place de Paris, l’une de ces machines de guerre que le capitalisme moderne affectionne : une société née modestement en France à la fin des années 1970, devenue en moins d’un demi-siècle un acteur mondial de la relation client, présente dans près de 100 pays, au service d’environ 170 marchés et opérant dans plus de 400 langues et dialectes. L’entreprise, rebaptisée TP en 2025, n’est plus seulement un géant des centres d’appels ; elle veut désormais être regardée comme une maison de services numériques, où l’intelligence artificielle et l’humain sont censés travailler de concert. 

C’est précisément là que réside aujourd’hui toute l’ambiguïté boursière du dossier. Car Teleperformance n’est pas une entreprise en ruine. En 2025, le groupe a encore réalisé 10,209 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec une croissance organique de 1,3% hors hyperinflation. Les “Core Services”, c’est-à-dire le cœur du métier, ont même progressé de 2,7% à données comparables, soutenus notamment par les services de données pour l’IA, la relation clients, les ventes et le back-office. La marge d’EBITA courant s’est établie à 14,6%, le résultat net part du groupe à 497 millions d’euros, et le dividende proposé a été relevé à 4,50 euros par action. Nous sommes donc loin d’un effondrement industriel. 

Mais la Bourse n’achète jamais le passé ; elle escompte l’avenir. Et l’avenir de Teleperformance inquiète autant qu’il fascine. Le groupe se trouve à la croisée de deux récits contraires. D’un côté, il peut apparaître comme l’un des grands bénéficiaires de la révolution de l’IA appliquée aux opérations client. Le nouveau directeur général, Jorge Amar, a d’ailleurs été choisi pour son expertise dans cette transformation, au moment même où le groupe met en avant son plan stratégique “Future Forward”.

De l’autre, le marché voit bien que l’automatisation, qui promet des gains de productivité, menace aussi de banaliser une partie d’un métier historiquement fondé sur l’intensité de main-d’œuvre. La question n’est donc pas de savoir si Teleperformance survivra à l’IA, mais à quelles conditions elle préservera ses marges, son pouvoir de négociation et son statut de leader.  C’est pourquoi le titre reste si fragile en Bourse.

Le graphique parle ici avec la froideur d’un greffier : la tendance de fond demeure baissière, sur le long comme sur le moyen terme. La tentative de sortie haussière du début mars a échoué sous la zone des 60,40 euros, et le titre s’est à nouveau replié vers le bas de son canal. Un rebond technique a bien pris forme autour de 45,50 euros, mais il ne suffit pas encore à renverser la hiérarchie des forces. En vérité, le marché continue de traiter Teleperformance comme une ancienne gloire en transition, c’est-à-dire avec méfiance.

Faut-il pour autant mépriser ce dossier ? Certainement pas. L’histoire économique est pleine de ces entreprises que l’on a enterrées trop vite parce qu’elles changeaient de visage. IBM en fut un exemple ; Capgemini, à sa manière, aussi. Teleperformance conserve une dimension mondiale, une base de clientèle considérable, une forte génération de trésorerie et une place privilégiée dans l’économie invisible des grandes marques. Ce n’est pas rien.

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