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Groenland : le pari géopolitique de Trump, un risque économique disproportionné pour les États-Unis.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
L’idée revient avec insistance dans les déclarations de Donald Trump : annexer le Groenland. Dans une note publiée le 6 janvier 2026, l’économiste Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, estime que derrière l’effet d’annonce se cache surtout un scénario à haut risque pour l’économie américaine. Selon lui, l’enjeu ne se résume pas à un territoire lointain, mais à un signal envoyé au reste du monde sur le respect des droits de propriété.
Sur le papier, l’argument de l’intérêt économique repose sur les ressources. Le Groenland est présenté comme un réservoir potentiel d’hydrocarbures et de minerais, avec des estimations qui le placeraient notamment parmi les territoires disposant d’importantes réserves de pétrole. Mais l’analyse souligne que le gain serait, à court terme, limité : les États-Unis sont déjà les premiers producteurs mondiaux de pétrole, et une hypothétique hausse de production groenlandaise interviendrait tardivement, tout en risquant de peser sur les prix au détriment des producteurs américains, notamment du pétrole de schiste.
Le même raisonnement vaut pour les minerais dits stratégiques. Le Groenland peut attirer l’attention dans un contexte de tensions sur les terres rares, où la Chine occupe une position dominante. Pour autant, Sylvain Bersinger rappelle que le nœud du problème ne réside pas seulement dans l’existence de gisements, mais dans la capacité à raffiner et transformer ces minerais, une étape industrielle déterminante. Autrement dit, annexer un territoire ne règle pas mécaniquement la dépendance à l’aval de la chaîne de valeur.
L’essentiel, selon l’auteur, est ailleurs : l’annexion constituerait un choc de confiance majeur. S’approprier un territoire appartenant à un pays allié reviendrait à démontrer que les États-Unis ne respectent plus la propriété d’autrui. Et dans une économie structurellement déficitaire vis-à-vis du reste du monde, cette question de confiance est centrale. Les États-Unis affichent un déficit externe élevé - de l’ordre de 4 % du PIB - financé sans difficulté tant que la planète accepte de placer son épargne en actifs américains, considérés comme sûrs et liquides.
Le scénario décrit est celui d’une rupture : si les investisseurs commencent à douter de la protection des actifs sur le sol américain, une fuite des capitaux devient plausible. À la clé, une crise de balance des paiements, c’est-à-dire la difficulté - voire l’impossibilité - de financer les déficits extérieurs. L’auteur déroule alors une chaîne d’effets : baisse du dollar, inflation importée, contraction de la consommation et risque de récession.
La défiance se traduirait aussi par une hausse des taux d’intérêt. Moins d’épargne mondiale disponible pour acheter de la dette américaine implique un coût de financement plus élevé, avec des répercussions sur l’investissement privé et, surtout, sur les finances publiques d’un État déjà très emprunteur. Dans une hypothèse extrême, Sylvain Bersinger n’exclut pas un double choc combinant crise externe et tension sur la dette souveraine.
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