Gouvernance perverse.
LITTÉRATURE
Marion Saint Michel est psychologue clinicienne et diplômée de Sciences politiques. Son parcours en psychologie s’est focalisé sur la perversion, la souffrance au travail et la question du sens, des thèmes que la crise de la Covid a ravivés par l’ampleur des manipulations et des mensonges perçus. Ce contexte lui a inspiré l’écriture d'un livre pour analyser ces dynamiques et envisager des moyens de résistance collective, avec l'ambition d’éveiller les consciences et de défendre une anthropologie pour l’avenir de notre espèce. Cet ouvrage s’adresse aux personnes qui, n’étant ni psychologues ni politologues, s’interrogent sur les intentions de nos dirigeants. Marion Saint-Michel présente les différents « narratifs » de l’ingénierie sociale et l’instrumentalisation des émotions.
Ce concept de gouvernance perverse est une route vers la tyrannie, puisque la gouvernance perverse est un système totalitaire qui se met en place explique Marion Saint Michel. En effet, « il y a une différence entre tyrannie, dictature et système totalitaire. Le système totalitaire gagne tous les aspects de notre vie, puisqu’il s’agit vraiment de s’insinuer jusque dans nos esprits et nos âmes, alors que le dictateur se contente d’avoir le pouvoir politique et il n’est pas nécessairement dans le désir de convertir les âmes et les cœurs. C’est la raison pour laquelle les tyrans et les dictateurs ont tendance à tomber plus facilement qu’un système totalitaire parce que, comme son nom l’indique, le système totalitaire est un système. C’est quelque chose qui se met en place comme une colonne vertébrale, une structure lourde. On peut évoquer l’Union soviétique et il est évidemment assez long de détricoter cela. »
Ainsi, la dictature se situe en bas de l’échelle. Ensuite, il y a la tyrannie, puisqu’une tyrannie est forcément une dictature, alors que l’inverse n’est pas vrai et, enfin, il y a le système totalitaire : « Ce n’est pas forcément une question d’échelle, mais une question d’espace, puisqu’il s’agit de la façon dont cela se répand. Le totalitarisme est quelque chose de très lourd et compliqué, car cela gagne toutes les dimensions de la vie d’une personne. Par exemple, en Union soviétique, au moins trois générations ont été conduites à subir une certaine forme de communisme et le système s’est détruit de lui-même. En effet, il est très compliqué de détruire un totalitarisme. C’est pour cela que j’invite toutes les personnes que je croise actuellement à tout faire pour que nous évitions d’y rentrer ! Nous y sommes déjà en partie. On a vu ce qui s’est passé récemment avec les agriculteurs, on le voit tous les jours avec la remise en cause de la liberté d’expression et, une fois que l’on est vraiment dans un système totalitaire, il est très compliqué d’en sortir. Il suffit de demander cela à nos amis européens de l’Est, qui ont une connaissance très importante de ce problème. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas survivre dans un système totalitaire, mais c’est quand même une traversée de l’horreur, surtout pour des gens comme nous qui sommes nés dans la liberté et dans la démocratie. »
Dans une dictature, le dictateur a parfois tendance à respecter le peuple et même à redouter sa colère. À l’inverse, dans un système totalitaire, ce sont souvent les voisins qui se jugent et se dénoncent entre eux pour être bien vus par la hiérarchie du système… Pour Marion Saint Michel, « c’est tout le problème du système. Dans certaines émissions, le journaliste essaye de me conduire vers les personnalités que nous avons au pouvoir pour en faire la critique. Non pas qu’elles ne soient pas critiquables, mais il est très important de préciser que les choses ne se limitent pas à des personnalités. Quand on veut mettre en place un système totalitaire, évidemment on ne met pas en place des démocrates au grand cœur. Mais le problème dépasse les personnes, c’est vraiment un problème de système. Cela se met en place depuis plusieurs décennies. Ce n’est pas récent, mais on le voit clairement actuellement, surtout depuis la Covid. Aujourd’hui, c’est très visible, mais c’est quelque chose qui se construit depuis plusieurs décennies. Cela nous permet de comprendre pourquoi certains problèmes ne se réglaient pas. »
Nous revenons avec elle sur les prémices de ce système totalitaire : « J’ai beaucoup lu John Coleman, Pierre Hillard ou Marion Sigaut et j’ai compris que depuis les Lumières, il y avait des pensées qui amenaient à une forme de totalitarisme. C’est réellement à partir des Lumières que l’on observe un état d’esprit qui va vers une forme d’humanité, en rejetant toute forme de religion monothéiste, particulièrement chrétienne, parce que le christianisme place l’être humain au centre de tout. À hauteur d’homme, on voit bien que, particulièrement depuis les années 80 en France, à travers le politiquement correct, on a commencé à demander aux gens de ne pas voir ce qu’ils voyaient. Par exemple, on a parlé « des jeunes » quand il y avait des exactions dans les banlieues, car cela évitait de dire qu’il ne s’agissait pas de n’importe quels jeunes. On nous a aussi entraînés vers un côté très polarisé et très binaire des choses pour nous empêcher de penser. En résumé, il y a les pensées autorisées et les pensées interdites. Cela permet de ne plus s’autoriser à penser. »
La question de fond est de savoir si par confort ou par paresse intellectuelle, on est souvent tenté d’accepter la vérité obligatoire : « C’est ce que disait Hannah Arendt : un mensonge mille fois répété finit par passer pour une vérité, parce qu’il y a une saturation. L’esprit humain est ainsi fait et, au bout d’un certain temps, on finit par y adhérer. Tout le monde n’a pas envie de remettre en question ce qui se passe et, à force d’entendre les mêmes choses, on s’y accoutume. Il y a eu des modélisations en psychologie, avec des expériences extrêmement intéressantes. On peut entraîner quelqu’un à penser ou à croire quelque chose qui n’est pas du tout sa croyance de départ, quand tous les gens autour de lui pensent de cette manière. Nous avons une dimension grégaire. Il y a une expérience très amusante avec des gens qui sont dans une salle d’attente. Quand la personne arrive, après un certain temps il y a une petite sonnerie et tous les gens se lèvent. La personne qui arrive regarde les gens se lever, elle ne comprend pas pourquoi ils se lèvent, et au bout de la troisième ou de la quatrième fois, la personne testée finit par se lever avec les autres, sans savoir pourquoi. Nous avons une base animale instinctive et nous fonctionnons de cette manière. »
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